Faits divers Le président du tribunal a secoué l’ancien président de la Scientologie belge, hier au premier jour du procès.

Une ancienne trésorière, un ancien président, un monceau de questions et le sentiment diffus que tout le monde ne parlait pas la même langue, hier au premier jour du si attendu procès de la Scientologie, à Bruxelles.

Si l’une de ces langues est le français, l’autre est celle de Ron Hubbard, le célébrissime fondateur de l’église, auteur de science-fiction. "C’est quelqu’un de phénoménal. Il a absolument tout prévu, c’est extraordinaire et remarquable. Il a prévu véritable code pénal de la scientologie avec ses infractions et ses sanctions", assure le président Yves Régimont, "sans être péjoratif."

Anne-France H., 47 ans, ancienne trésorière bénévole de la Scientologie de Belgique, est sortie de l’Eglise en 2005. Pourtant, elle reconnaît que Ron Hubbard a "beaucoup de solutions. La scientologie, c’est une école de la vie", lance-t-elle.

Hier, elle a détaillé que "les revenus de l’Église étaient de l’ordre de 5.000€ par semaine. 2.000 provenaient de la vente de matériaux comme les livres et les vidéos et 3.000 provenaient de la vente des cours et formations." 9,5 % des 3.000€ allaient à l’église-mère aux États-Unis, 3 % à l’église européenne basée à Copenhague, 30 % permettaient de payer les frais et le personnel. Ceux qui atteignaient ou dépassaient leurs objectifs de vente obtenaient des "points bonus."

Nettement plus vigoureux : l’interrogatoire de Vincent G., président de l’Eglise belge au début des années 2000. Grand et à l’aise à l’oral, l’homme est passé à la moulinette des questions du juge Régimont, passablement excédé par le langage lisse utilisé par le prévenu. L’homme, âgé de 48 ans, dit "recevoir ses ordres de Ron Hubbard." Le président le coupe : "Vous recevez vos instructions de l’au-delà, donc." Après deux heures d’audition tendue, le juge jette l’éponge. "On va arrêter là. Nous, on parle français, pas scientologue, malheureusement pour vous, peut-être. On vous pose des questions sur les éléments écrits du dossier et vous répondez que ce n’est pas ça. Dont acte."

Les deux prévenus ont nié tous les faits qui leur sont reprochés. Le parquet fédéral leur reproche entre autres d’avoir été membre ou chef d’organisation criminelle, en plus d’une palanquée d’autres préventions.