Faits divers

Liban Moustapha Hassan a été opéré hier. Ce Djiboutien réfugié en Belgique n’a plus d’espoir de recouvrer la vue : ses yeux ont été arrachés dimanche, vers 3h, place du Champ de Mars, à Ixelles.

Selon les premiers éléments de l’enquête, l’agresseur présumé, Idriss Awaleh, 33 ans, lui aussi djiboutien et réfugié néerlandais, l’aurait énucléé pour des propos politiques violents tenus par la victime. Il a été interpellé à l’hôpital dimanche après-midi, alors qu’il se faisait soigner suite à son altercation avec Liban Moustapha. C’est d’ailleurs celui-ci qui a donné le nom de son agresseur aux policiers.

Le suspect a été présenté à un juge d’instruction et placé sous mandat d’arrêt sous chef de torture, coups et blessures volontaires, traitement inhumain et dégradant, le tout avec la circonstance que cela a causé une incapacité permanente de travail et/ou la perte d’un organe, a indiqué le parquet de Bruxelles. Une expertise psychiatrique a aussi été ordonnée. L'auteur présumé comparaîtra jeudi devant la Chambre du Conseil.

Contactée par nos soins, l’avocate du présumé bourreau, Me Sophie Wagner, s’est limitée à indiquer : "Mon client conteste les faits. L’enquête en cours devra confirmer ou infirmer ses dires". L’inculpé reconnaît cependant qu’il y a eu bagarre entre les deux hommes.

Selon nos informations, les deux hommes s’étaient donné rendez-vous pour discuter d’un différend politique qui les avait opposés lors d’une réunion, la veille. Le suspect n’était a priori pas connu de la justice et vivait de ses allocations de chômage. Selon les premières constatations, l’énucléation aurait été commise à l’aide d’une lame, trouvée à proximité des yeux de la victime.

Toute la journée de dimanche et d’hier, des responsables politiques djiboutiens ont tenté de récupérer les faits. Un parti basé à Djibouti a désigné un responsable politique d’opposition comme "commanditaire" de ce crime. Ce dernier a publié un long démenti sur sa page Facebook.

Dimitri Verdonck, président de l’association Cultures et Progrès, spécialiste de Djibouti et opposant au pouvoir en place, connaissait la victime et le suspect. Il les décrit comme des jeunes pour qui "l’activité politique est un prétexte". Il condamne aussi ce qu’il considère comme une récupération politique de l’affaire.

"Tous les deux se sont opposés sur leur positionnemenent politique. La victime n’a mis en cause qu’un seul auteur, qui est psychologiquement très atteint. Ce n’est ni une machination ni un attentat. Cet événement met en lumière les tensions qui sont de plus en plus nettes au sein de la communauté djiboutienne de Belgique. L’ambassade de Djibouti et le gouvernement en place ont tout intérêt à ce que ce genre de choses arrive. Il y a sur le sol belge des gens qui manipulent les jeunes et entretiennent une tension permanente", décrit M. Verdonck, qui dénonce la "dictature en place à Djibouti".

Le jeune homme qui a perdu ses yeux avait copieusement insulté un responsable politique, sur Facebook, une dizaine de jours avant les faits. Il reste évidemment hospitalisé.


"La victime ne verra plus jamais"

Pour le Dr Lise Delaunoit, chef de service de chirurgie ophtalmologique au Chwapi, la victime de l’agression ne verra plus jamais.

Aucune greffe d’œil bionique n’est possible actuellement, aucune opération ne pourrait lui rendre la vue. "Si le nerf optique a été sectionné, le patient ne reverra plus", déplore la spécialiste. "Le nerf optique est un nerf crânien. C’est comme lors d’un accident de voiture : lorsque la moelle épinière est touchée, la marche est impossible. Pour l’œil, s’il a été arraché totalement et avec une telle violence, c’est pareil. C’est une agression terrible."