Aujourd'hui, elle témoigne des difficultés à faire respecter le consentement, dans une industrie du X secouée par les affaires judiciaires.

Les récentes enquêtes qui visent des figures du milieu, comme le site Jacquie et Michel ou le producteur "Pascal OP", et qui viennent d'entraîner la publication de premières chartes éthiques et déontologiques dans ce secteur, réveillent chez cette femme de 32 ans des souvenirs douloureux.

Entre 2009 et 2012, elle a été confrontée à l'explosion du porno dit "amateur", désormais roi sur Internet. A 20 ans, elle découvre alors un univers "où on dit aux actrices qu'il faut accepter les (éjaculations) faciales, l'anal ou les doubles pénétrations, sinon tu fais pas trois mois", et dans lequel elle se fera violer à trois reprises.

D'abord par un réalisateur pionnier du "gonzo" et ses films sans scénario. Début 2010, elle doit tourner une scène avec un acteur sous sa direction. Sur place, malaise: le quadragénaire filme nu, puis s'invite dans l'action "sans rien demander".

"Il a attendu un moment clé", raconte Mathilde. "Il s'introduit en moi lorsque j'ai le pénis de l'acteur en bouche. C'est plus dur de protester et lui joue la carte: + on est entre amis, on s'amuse +".

Face caméra, la jeune novice n'ose pas s'opposer. "Il y a un rapport d'autorité: il est réalisateur, je suis une actrice qu'il doit diriger", souffle-t-elle. "Sur le moment, je me dis: + il a dû me prévenir et j'ai pas percuté +."

Quelques semaines plus tard, le même réalisateur l'oblige à tourner, alors qu'elle est "totalement ivre et sous cocaïne". Sortie de soirée, l'actrice explique "ne pas être en état de travailler". Lui "s'en fout", aligne plusieurs rails de "coke" et ordonne: "avec ça, tu vas la tenir ta scène".

"Je ne sais pas ce qu'il m'a donné, je n'ai aucun souvenir de cette scène", explique Mathilde. Après cet épisode, elle a cessé de travailler avec lui.

"Vraiment non"

Un an plus tard, un acteur la persuade de tourner avec lui pour un réalisateur breton, connu pour ses faux "castings". Dès le départ, l'homme tente, caméra allumée, de lui imposer une pénétration anale, pratique qu'elle a toujours exclue.

Malgré son refus, le quinquagénaire invite l'acteur à la sodomiser en plein milieu de la scène. "Prise de panique", Mathilde "arrête de jouer la fille ingénue" et dit "vraiment non". "Mécontent", le réalisateur insiste et finit par lui imposer une autre pratique: "un fist (pénétration avec un poing ndlr) vaginal".

Le soir-même, "je me suis cachée sous la couette, je ne voulais pas dormir, j'avais peur qu'on me viole dans mon sommeil", raconte Mathilde, alors logée chez ce réalisateur, qui va passer le reste du tournage à l'humilier.

Presque dix ans plus tard, l'entrepreneure lutte encore contre les "répercussions mentales" de ces violences et pour s'accepter pleinement comme victime. La trentenaire évoque des "actes forcés, imposés". Avant de lâcher: "à chaque fois, c'est clairement un viol, mais j'ai toujours du mal à l'admettre."

Elle n'a jusqu'à présent pas osé porter plainte, par "peur de ne pas être écoutée". Lorsqu'elle a évoqué ces abus sur son compte Instagram, elle a été confrontée à des réactions "du type: + violer une actrice porno, c'est impossible +".

"Ce qui est fou, c'est qu'on reporte toujours la faute sur la fille, en partant du principe qu'elle sait où elle met les pieds, et pas sur les méthodes des producteurs et des réalisateurs", regrette-t-elle, en déplorant "l'impossibilité d'avoir un agent pour défendre ses intérêts, car la loi française considère ça comme du proxénétisme."

Jeudi, le site Jacquie et Michel, visé par une enquête pour viols et proxénétisme, a mis en place une charte éthique. Les producteurs qu'il diffuse doivent désormais s'engager à informer les actrices qu'elles peuvent refuser n'importe quelle pratique sexuelle et à respecter leur choix en la matière.

La société Dorcel, qui domine le secteur hexagonal, a elle annoncé travailler à la "première charte déontologique pour les productions X françaises".