Lundi matin, cinq policiers de la zone de police Bruxelles-Ouest ont été violemment agressés lors d'un contrôle de véhicule mal stationné sur la chaussée de Gand à Molenbeek-Saint-Jean. Trois agents ont été grièvement blessés et transportés à l’hôpital. Tous sont rentrés chez eux mais les cinq officiers sont en incapacité de travail. Des faits directement condamnés par de nombreux politiques et citoyens sur les réseaux sociaux.

Thierry Belin, secrétaire national du Syndicat national du personnel de police et de sécurité (SNPS), a lui aussi commenté cette agression sur Twitter. "Soyons très clairs avant que je me fasse insulter de raciste, de facho ou que sais-je encore. Que l’agresseur se prénomme, Rachid, Jean-Charles, Pedro, Henri ou je ne sais quoi m’indiffère totalement", a entamé le représentant. "Que les faits se passent à Molenbeek, Uccle ou Watermael-Boitsfort je m’en fiche complètement. C’est dans la grande agglomération bruxelloise, où il règne un laisser-aller général en matière de sécurité", s'indigne-t-il.


À La Libre, il explique qu'il existe à Bruxelles des "zones de non-droit". "Ça me fait vraiment peur. On demande aux policiers de ne plus se rendre dans certaines zones où, de toute manière, ça risque de tourner à l'émeute. Il y a donc des endroits où l'ordre ne règne plus, ce que je ne trouve pas normal. Je n'ai pas envie qu'en Belgique, on en arrive à des situations comme dans certaines cités françaises, où c'est dramatique."

"Que la ministre de l'Intérieur pose enfin des actes"

Sur Twitter, Thierry Belin souligne son désaccord avec la ministre de l'Intérieur, Annelies Verlinden (CD&V) et sa campagne "respect mutuel", visant à promouvoir la relation entre les citoyens et les différents métiers de la sécurité. Une "énième sottise qui masque la vérité par couardise", selon lui. "Je trouve ça d'un ridicule absolu." Pourquoi ? "Quand vous voyez la solidarité des gens sur les réseaux sociaux suite à cette agression, ça montre qu'il n'y a pas de fossé entre la population et la police. La majorité des gens sont des honnêtes gens, avec qui il n'y a pas de problème. Il y a des problèmes avec une minorité de petites crapules, c'est-à-dire les gens qui ne respectent pas la loi, ceux qui sont violents envers les forces de l'ordre." Thierry Belin demande donc une "sanction d'une sévérité extrême" pour ces personnes afin "d'assurer la sécurité des autres".

En plus des blessures physiques, le syndicaliste rappelle que les officiers intervenus souffrent aussi de blessures psychologiques. "Quand je dis que l’équipe de flics va faire bloc, c'est parce qu'on a maintenant besoin de se parler, de se soutenir entre nous. Mais ça ne sous-entend pas une action", annonce-t-il. "L'action que j'attends ? Que la ministre de l'Intérieur arrête de parler et de promettre beaucoup de choses. Qu'elle pose enfin des actes pour défendre la police."

"Rien n'a bougé depuis 2000"

Philippe Pivin, bourgmestre de Koekelberg durant 20 ans et maintenant député fédéral, abonde dans le sens de Thierry Belin.

"Ce que pointe Thierry Belin, ce sont des choses que j'exprimais déjà il y a 10 ou 15 ans au parlement régional. J'interrogeais déjà Charles Piqué (ex-président du Parlement bruxellois, ndlr) sur les zones de non-droit", lance-t-il d'emblée, alors qu'il suit justement une commission, du parlement fédéral cette fois, sur le financement des zones de police. "On auditionne des experts pour faire le constat que rien n'a bougé depuis 2000. On est sur une situation qui se détériore d'année en année".

Selon Philippe Pivin, le problème des zones de non-droit a même déjà été abordé par le Comité P, qui avait publié en 2014 un rapport sur le sujet. "Mais elles ont été déniées par le gouvernement bruxellois, alors qu'elles existaient bien et existent toujours!", déplore l'ancien bourgmestre.

Pourtant, Philippe Pivin avoue que la ministre de l'Intérieur Annelies Verlinden tient "des propos très constructifs" lorsqu'on l'interpelle sur le sujet, mais "si le discours est là, les actes pas", regrette le député. Un simple exemple: "À l'automne dernier, la ministre Verlinden a indiqué qu' il fallait mettre en place un groupe de travail pour entamer la réforme du financement des zones de police. En mars de cette année, j'ai demandé à Madame Verlinden où cela en était, et elle m'a répondu qu'il fallait encore travailler sur la méthodologie de ce groupe de travail, notamment ouvrir un marché public pour pouvoir faire intervenir des personnes extérieures. Je viens ici de demander aux trois experts qui sont présents en commission s'ils étaient associés à ce groupe de travail ou avaient été informés des travaux. Ils ont répondu qu'ils n'en avaient pas connaissance et Fernand Koekelberg (ancien commissaire général et chef de la police fédérale, ndlr) a dit qu'on lui avait fait savoir que s'ils y étaient associés, il fallait un marché public. On n'en est donc au même point qu'en mars dernier, à propos d'un sujet présenté il y a un an".

"Et le temps que l'on perd rend la situation encore plus difficile à rattraper", conclut Philippe Pivin.

Le cabinet de la ministre Verlinden, de son côté, rappelle que des moyens sont mis en oeuvre pour soutenir les forces de police, notamment pour recruter en masse des inspecteurs. L'objectif, qui est de 1.600 nouvelles recrues, "est en bonne voie pour être atteint cette année", nous précise-t-on. "Nous ne pouvons jamais tolérer la violence, et certainement pas lorsqu'elle est commise à l’encontre de membres des services de police ou de secours. La tolérance zéro face à toute forme de violence à l'égard de la police commence par la présence d'effectifs suffisants". "Il est également important de pouvoir recourir à des dispositifs techniques. Plusieurs zones de police utilisent déjà des bodycams. Le 16 juillet 2021, le Conseil des Ministres a approuvé, sur ma proposition, le lancement d'un marché public de 6 millions d'euros pour l'acquisition de bodycams pour la Police locale et fédérale", souligne également Annelies Verlinden.