Faits divers

La foule s'est mobilisée contre les mariages forcés et les crimes d'honneur

CHARLEROI Sadia aurait sans doute apprécié un tel élan de démocratie. Malgré le joug intégriste imposé par sa famille et le mariage forcé qui l'attendait au pays, la jeune Pakistanaise de 20 ans croquait la vie à pleines dents. "Elle voulait vivre à l'occidentale. Elle était curieuse de tout. Elle avait mûrement réfléchi sa décision, préférant fuir sa famille plutôt que d'entraver sa liberté. Sadia avait tout pour elle : brillante, joviale, souriante... C'était un ange", lançait hier l'un des 1.800 manifestants qui ont marché en son honneur.

Le cortège s'est élancé dès 10 heures depuis la Haute École provinciale de Charleroi (Hepcut) pour sillonner les rues de la ville, sous escorte policière. Premier arrêt : le palais de justice de Charleroi. Tout un symbole puisque les manifestants revendiquaient des lois plus poussées en matière de mariages forcés et de crimes d'honneur. "Sans cela, on se sent impuissant face à de telles situations. On ne peut pas agir et sauver toutes les Sadia qui vivent encore ce calvaire", expliquait une proche de la jeune victime.

Sur le parvis du palais de justice, la foule a observé une minute de silence avant de lâcher des dizaines de ballons multicolores en hommage à Sadia. "Nous assistons à une prise de conscience collective", soulignait Pierre Efratas, fondateur de l'association Ni Putes Ni Soumises. "On manque de lieux d'accueil pour ces femmes dont le pire ennemi est le silence."

Au terme de la manifestation, une plaque commémorative a été inaugurée à l'entrée du local de droit que fréquentait Sadia. Après le départ des médias, son petit ami est venu lui rendre hommage, lui qui est obligé de se cacher depuis les menaces proférées par la famille. Mais les amis de Sadia ne rangeront pas leurs banderoles de sitôt.



© La Dernière Heure 2007