“J’ai échappé deux fois au peloton”

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Gilbert Dupont

Publié le

“J’ai échappé deux fois au peloton”
© Bernard Demoulin

Suite de notre enquête sur Paul Van Aerschodt, collabo sous l’Occupation nazie en liberté

SAINT-SÉBASTIEN Deux fois”, dit-il. Avant d’être condamné à mort en 1946, Paul Van Aerschodt avait déjà risqué sa peau à la Libération. Fin août ? Tout début septembre 1944 ? Il est capturé par des résistants, ligoté avec de la corde de parachute et conduit dans un endroit “où l’on n’aurait rien retrouvé de moi” , dans les bois de Silly, près d’Enghien.

“On m’a jeté à terre, lié aux pieds et aux mains. On était déjà en train de creuser le trou. Ce qui les a stoppés, c’est que j’ai pu donner des noms de gens que j’avais sauvés pendant l’Occupation. J’ai donné celui de M. Léon Sonet qui vendait des bicyclettes à Houdeng-Aimeries. Tout était prêt. Le trou était creusé. Ils m’ont dit Bon, nous allons vérifier.”

“Deux heures après, ils m’ont dit que j’avais de la chance.” Le commandant Geerinckx, qui commande l’armée belge dans la région, a ordonné de vous remettre en liberté. Vous serez jugé après la guerre par le conseil de guerre. Ils m’ont déficelé et même ramené dans une ferme, à Silly.”

Pour être ré-arrêté en septembre et incarcéré à la prison de Charleroi, puis à l’annexe-infirmerie où, dit-il, “j’aidais à soigner ”. Et d’où il allait s’évader en janvier 1945. “Le plus simplement : en sautant dans la neige par la fenêtre du deuxième. Et pourtant, les gardiens m’avaient prévenu : Toi, on sait que tu vas essayer…

En prison, on crachait “sur nous. Nous étions entassés à 70 ou 80”. En décembre, avec l’offensive von Rundstedt, “on voyait passer des colonnes et des colonnes de véhicules alliés et je me disais que, malgré tout, les Allemands allaient revenir et nous libérer. Mais non, ils sont restés bloqués à Bastogne”.

L’évasion et la cavale vers l’Espagne, terre promise. “Le procès qu’on nous préparait, avec les communistes, les Fifi comme on disait… Un procès équitable, j’aurais dit oui. Au fond, j’avais déjà convaincu les résistants dans le bois de Silly. Mais avec le climat et les Fifi qui avaient une telle influence…”

Van Aerschodt a très vite été informé de la condamnation à mort : “La copie m’est parvenue alors que je me trouvais toujours en Espagne, dans le camp pour étrangers de Mirando de Ebro. Ce verdict, ce n’était qu’un souci de plus. On crevait de faim. Je me souviens avoir mangé le chien du chef du camp et avoir planqué ses os du côté des baraquements allemands pour faire croire que c’étaient eux qui l’avaient bouffé…”

Van Aerschodt n’a pas gardé la copie du verdict. Il l’a remise à un Mgr Campos, supérieur des jésuites de Buenos Aires, à son arrivée en Argentine, avant la Bolivie. C’est en Espagne qu’il avait rencontré Maria Jesus qui était bolivienne, qu’il allait épouser et avec laquelle il vit à Saint-Sébastien.

Il revoit sa mère en 1957, en cachette lors d’un rendez-vous en France, pas loin de la frontière belge.

En Bolivie, il ouvre un restaurant, vit très bien, “mieux que le président” , dans une villa “de 500.000 dollars ”. Il revient en Espagne en 1964, sillonne l’Europe et, à vrai dire, le monde entier.

Devenu fonctionnaire international, il travaille – bien que condamné à mort – pour trois organismes des Nations unies. Mais évite la Belgique, et, même après la prescription en 1976, méfiant, craint le piège et attend un bon quart de siècle encore pour y revenir, la première fois en 2002.



© La Dernière Heure 2011

Journal    Tout notre dossier sur Paul Van Aerschodt dans votre DH de ce lundi.

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