Faits divers

Sous les ordres des princesses, elle a réussi à prendre la fuite et à tout dénoncer. Elle nous raconte son calvaire

BRUXELLES Nous l'appellerons Jamila car elle refuse, par crainte de représailles, de dévoiler son identité. La jeune femme de 32 ans accepte par contre de raconter son calvaire, pour que plus jamais d'autres n'aient à vivre une situation similaire.

Il y a deux mois, cette servante qui travaillait pour le compte de la veuve du défunt Muhammed Khalid Al Nahyan, Emir des Emirats Arabes Unis, installée à l'hôtel Conrad depuis un an (voir ci-contre), a eu le courage de fuir le palace situé avenue Louise. Depuis, elle craint pour sa vie mais c'est surtout grâce à elle que cette affaire d'exploitation économique a pu éclater ce mardi. "J'ai pris la fuite, sans vêtements, sans bagages, sans passeport. Elles vous privent de vos papiers d'identité dès que vous commencez à travailler pour eux", précise Jamila qui bénéficie désormais du statut de victime. "Je travaillais en cuisine. Comme j'étais la responsable des autres cuisinières, je gagnais 500 euros par mois. Je travaillais jour et nuit. Je n'avais droit qu'à trois heures de sommeil par nuit. J'ai accepté d'être au service de cette famille pour quitter mon pays, le Maroc, et gagner ainsi mieux ma vie. J'ai commencé à travailler pour ces princesses à Abu Dhabi. Ensuite, elles sont venues vivre ici il y a presque un an et j'ai donc été forcée de les suivre à l'hôtel Conrad. La veuve de l'émir, la princesse Hamda, y occupe tout le quatrième étage avec ses quatre filles. Nous étions près de vingt personnes à leur service. Certains avaient le droit de dormir à huit dans une chambre d'un lit double. Moi et plusieurs autres, nous dormions dans le couloir de l'étage", poursuit la jeune femme, précisant toutefois ne pas avoir été victime de violence physique.

"C'était de la violence verbale constante. Elles n'aimaient pas leurs servantes marocaines et tunisiennes. Elles nous traitaient de p.... et de chiennes,... J'avais le droit de sortir de l'hôtel une fois par mois, pas plus. Je n'avais plus le choix. C'était soit mourir, soit fuir", conclut Jamila.

Et heureusement, la servante a opté pour la seconde solution, ce pourquoi certaines de ses anciennes collègues la remercieront longtemps encore. Grâce à Jamila, elles ont pu à leur tour dénoncer les faits dont elles étaient aussi victimes.



© La Dernière Heure 2008