Trois jours après la terrible agression dont il a été victime à l’issue du match remporté par le FC Lasne sur le terrain du FC Limelette, Christophe Decoster a pu rentrer chez lui.

Opéré lundi d’une double fracture ouverte de la mâchoire, le capitaine lasnois, connu pour être d’une exemplarité à toute épreuve sur les terrains de foot, entame une revalidation qui s’annonce longue.

"Je ne suis pas alimenté par un quelconque sentiment de vengeance, nous a-t-il confié alors qu’il éprouve de réelles difficultés à s’exprimer oralement. Mais je suis choqué par les mots de l’entraîneur du FC Limelette. Il se réfugie derrière des propos racistes que j’aurais proférés alors que je n’ai jamais rien dit de tel. J’ai joué à plus haut niveau avec des personnes extraordinaires issues de nombreuses communautés. Je n’ai jamais cautionné que quelqu’un tienne des propos racistes. Ce n’est donc pas moi qui vais le faire. Je suis outré."

Et le Lasnois de 36 ans de revenir sur le drame. "Honnêtement, je suis incapable d’expliquer comment cela a pu si mal tourner. Nous avons été insultés pendant tout le match par les supporters. Certains joueurs de Limelette s’y sont essayés aussi mais l’arbitre a réuni les deux capitaines pour dire qu’à la moindre grossièreté supplémentaire, il sortait les cartes rouges. Il a géré le match de main de maître. À la fin de celui-ci, les supporters se faisaient menaçants. Et j’ai demandé pourquoi on nous avait insultés. Nous ne sommes pas responsables des décisions arbitrales. Puis j’ai lancé, en parlant des supporters : Il est indispensable que quelqu’un du FC Limelette maîtrise ces gens. Alors qu’il était loin et qu’il n’avait pas pu entendre ce que j’avais dit, l’entraîneur de Limelette a couru vers moi et m’a asséné un coup par-derrière et c’est comme ça que ça a commencé."

Après, tout se serait passé très vite. "Je serais incapable de vous dire qui m’a frappé et avec quoi car j’étais dos à mon agresseur. Une fois que j’ai pris conscience de la gravité de ce qui venait de m’arriver, je me suis effondré par terre puis j’ai tenté de rejoindre les vestiaires pour reprendre mes affaires et quitter ces lieux au plus vite. Sur mon chemin, j’ai croisé l’entraîneur limelettois qui m’a lancé : Tu n’as que ce que tu mérites."

Aujourd’hui, Christophe reste dans l’incompréhension. "Ce qui m’est arrivé aurait pu arriver à tous mes coéquipiers. Comment un match de football peut-il se terminer de cette manière ? C’est incompréhensible. Les gens qui nous encadraient étaient terrorisés. Certains pleuraient au vu de ce qui m’est arrivé. Je suis dégoûté, écœuré, consterné. C’est la première fois que je vois ça sur un terrain de foot, après plus de 25 ans dans le milieu."

Et lorsqu’il entend les propos de Saïd Albahtouri, Christophe Decoster reste pantois. "Cet homme n’a pas l’air de se rendre compte de la gravité des faits. Il doit vivre sur une autre planète pour banaliser de tels faits et les justifier par des propos mensongers. Dire que j’ai insulté les mères des supporters est une ineptie. Soixante personnes en sont témoins. Et dire que je les ai traités de gens de cité est aussi un mensonge. Je ne savais même pas qu’il y avait une cité à Limelette ! C’est injuste de vouloir faire passer un tel message. Pourquoi l’entraîneur de Limelette souhaite-t-il à ce point transformer ce qui s’est passé ? Le but est-il vraiment de falsifier les événements pour se dédouaner et rejeter la faute sur les autres ?"

Christophe Decoster ajoute : "Ce qui est regrettable, c’est que des personnes qui n’ont rien à voir avec ce qu’il s’est passé en souffrent terriblement. Je pense à ma famille, aux joueurs de foot dans leur ensemble et aussi aux jeunes qui évoluent au FC Limelette et qui étaient présents sur le bord du terrain ce dimanche. Encore une fois, je le répète : je n’ai aucun sentiment de vengeance, je souhaite juste éviter que pareil événement ne se reproduise sur ou en dehors d’un terrain de football."

Un club qui n’a pas adressé directement de messages de rétablissement à Christophe Decoster et qui a été suspendu préventivement par l’Union belge, le temps de comparaître devant le CP Brabant.

Les messages de soutien au capitaine lasnois, eux, arrivent de partout et circulent sur le Web. Quant au FC Lasne, son équipe B a décidé de déclarer forfait pour ce week-end et assistera à la rencontre de l’équipe A pour montrer son soutien à celle-ci et à Christophe, et dire non à la violence sur les terrains.