Me Ronny Boudewijn ne passe pas précisément pour un comique, mais il a eu, hier, le bon mot du jour, qui sera aussi, sans doute, celui de la semaine, voire du mois: «J'aimerais bien, si possible, passer Noël chez moi, en famille.»

C'est un peu la réflexion que se font, jour après jour, tous les habitués du prétoire arlonais, surtout depuis que les différentes parties ont pris l'habitude de plaider après la déposition de chaque témoin, ou presque. La nouvelle réglementation des assises les autorise à commenter chaque intervention, mais, pour les bavards en robe noire, il n'y a guère de différence entre un commentaire et une plaidoirie.

Longueur signifie lenteur, et lenteur signifie approximation. La lenteur du procès ne suit en fait jamais que celle de l'instruction. Depuis deux mois, nous avons entendu des dizaines de témoins dont la caractéristique principale était de ne plus avoir de souvenirs précis, ce qui est simplement logique et humain, après huit ou neuf ans. Il est statistiquement logique, aussi, qu'un certain nombre de témoins ne répondent pas à la convocation, au motif particulièrement valable qu'ils sont morts. La plus gênante de ces (nombreuses) absences pour cause de décès est certainement celle du gendarme Gérard Vannesse. Parce que Nihoul était son indic à la BSR de Dinant, mais, surtout, parce que, si l'on en croit son chef, Claude Rasador, c'est la cinquième victime innocente (ne parlons pas de Weinstein) de l'affaire Dutroux. Accusé à tort de protéger Dutroux, incarcéré puis blanchi, il est mort de chagrin. Et, cerise ou plutôt citron sur le gâteau, sa femme a été condamnée à 35.000 francs d'amende pour harcèlement vis-à-vis d'un enquêteur. La façon dont Claude Rasador a défendu son subordonné était touchante; c'est le troisième représentant de l'ordre ou de la magistrature à ne pouvoir contenir son émotion à la barre, avec ce cri: «Si on ne respecte pas les vivants, qu'on respecte, au moins, les morts.»

Nous voilà donc, une fois encore, au centre de cette guerre des polices, terrible, sournoise, irritante, mais, surtout, tellement confortable pour les accusés. Confortable, mais heureusement pas au point de tracer une autoroute vers l'acquittement pour Nihoul. Tous les témoins de la BSR étaient d'accord pour considérer ses propos comme loufoques et grotesques quand il tente d'expliquer qu'il ne savait plus quoi faire de cette came qui lui est tombée du ciel et que son contact à la gendarmerie a refusée! Une fois encore, il prend ses interlocuteurs pour des imbéciles. Heureusement, le jury n'est pas composé d'imbéciles, et c'est l'un des jurés qui l'a le plus sévèrement confondu en demandant tout simplement pourquoi il n'a pas mis la drogue à la poubelle. Les questions les plus simples sont souvent les plus pertinentes.

© La Dernière Heure 2004