Quatre ans de prison requis hier contre Julie B., pour avoir enlevé sa fille de 5 ans pour rejoindre l’État islamique.

Julie B., une Belge radicalisée, s’est présentée voilée, hier matin, devant le tribunal correctionnel pour répondre d’un enlèvement international d’enfant. Son histoire est édifiante . La jeune femme de 28 ans a donné naissance à une petite fille en 2009. Elle coulait des jours paisibles avec Abdelali, son compagnon d’alors. Jusqu’à la crise. En 2012, le couple se sépare. La jeune femme adhère alors à l’Islam radical et rêve d’un nouveau compagnon qui soit un guerrier, un moudjahidin .

Elle traîne sur les réseaux sociaux et tombe, un jour, sur un post Facebook d’un certain Abu Saïf : "Je cherche une sœur qui veut se marier et qui veut faire la hijra, je suis au Sham (la Syrie) en ce moment, sœur reconvertie est la bienvenue", écrit-il. Abu Saïf n’est autre que Yassine Lachiri. Tout sauf un inconnu des autorités. Il fait partie de la première vague de djihadistes belges partis en Syrie. Fils de la très célèbre Fatima Aberkan, cet ancien cuisinier bruxellois a passé la frontière en 2012. À l’âge de 20 ans, il avait été condamné pour un meurtre à coups de sabre par la cour d’assises de Bruxelles.

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Julie B., ne connaissant pas le pedigree de son futur compagnon, a pris sa fille Saliah dans ses bagages et, prétextant des vacances en Turquie, a passé la frontière syrienne pour retrouver Lachiri et l’épouser religieusement deux jours plus tard.

Seulement, la femme déchante rapidement. Son nouveau mari la bat. Elle parvient à le convaincre, sous la menace de déclarations aux autorités de l’État islamique, de la ramener vers la Turquie. "Il est facile de partir en Syrie, beaucoup plus compliqué d’en sortir", a-t-elle expliqué, hier à la barre.

En mars 2015, trois mois après son arrivée, elle repasse la frontière avec Lachiri et sa fille. Tous se font arrêter par les policiers turcs. Puis, Julie et Saliah sont rapatriées en Belgique. La fillette est rendue à son père, Julie est placée sous détention. En novembre 2015, elle a été condamnée à trois ans de prison dont 18 mois ferme pour participation à une organisation terroriste. Quant à Lachiri, le mystère plane sur son devenir.

Abdelali, le père de l’enfant, décrit : "Ma fille va mieux, mais elle a des angoisses. À l’école, elle parle de kalachnikov." Yassine Lachiri avait mis un fusil-mitrailleur entre ses mains. Elle a aussi eu à voir des cadavres. Elle est aujourd’hui suivie de près par un pédopsychiatre. "Ma fille est revenue par miracle. J’avais perdu espoir de la revoir", a réagi le papa à l’issue de l’audience.

Le substitut du procureur Denis Goeman a prononcé de lourdes réquisitions : quatre ans pour des faits punis au maximum par une peine de cinq ans. "Elle a plongé sa fille dans un enfer qu’elle n’aurait jamais dû connaître. Contrairement à ce qu’elle veut nous faire croire, elle était une farouche partisane de l’État islamique. Neuf jours avant son départ, elle écrivait sur son compte Facebook qu’elle se baladait en rue avec des grenades avec le désir de tout faire sauter !", s’emporte-t-il.

Me Vincent Lurquin, l’avocat de Julie B. a regretté que les dossiers d’enlèvement d’enfant et de terrorisme n’aient pas été joints. Et affirme que sa cliente en a fini avec ces histoires. "Elle a déjà assumé ses responsabilités. Tous les jours, elle se demande pourquoi elle a fait ça. Y a-t-il plus catastrophique que d’emmener sa fille dans un pays en guerre ?"

Jugement le 8 février.

Elle ne s’est pas calmée en prison

Julie B. a été inculpée en octobre dernier pour des faits de tentative d’assassinat sur son ex-mari et pour participation à une organisation terroriste. Contrairement à ce qu’indique avec certitude le parquet de Bruxelles, Me Vincent Lurquin, l’avocat de la jeune femme, affirme que la prévention de tentative d’assassinat a été levée. Julie B. a été à nouveau inculpée en raison de son comportement en prison. 

Des compagnes de cellule de Berkendael auraient fait part de ses liens toujours présents avec la cause djihadiste. "Elle ne veut pas retourner en Syrie", lance son avocat. Avant son premier procès, une fouille dans sa cellule avait permis de trouver une lettre dans laquelle Julie B. insultait la présidente de la chambre du conseil. Elle est aujourd’hui libre sous 14 conditions différentes.