Gwendoline Graffart craint une parodie de justice au procès de son ex-mari, jugé pour l’assassinat de leur fils de cinq ans.

Elle avait fait le choix de se taire. Terrassée de douleur et pour ne pas handicaper son action auprès des tribunaux.

Alors que le dossier de l’assassinat de son fils Keryan, 5 ans, est proche de son terme, elle décide de prendre la parole pour décrire un ex-mari "pervers narcissique", qui l"’humiliait continuellement et l’a battue à plusieurs reprises". Et tenter de faire entendre sa voix.

Gwendoline, maman de la petite victime et épouse séparée de Philippe Graffart, 42 ans, assassin présumé, originaire de Visé, s’emporte aujourd’hui contre la justice singapourienne et l’accusation, coupable à ses yeux d’avoir monté "un exposé des faits à décharge" de l’accusé. "Cette affaire est totalement biaisée… L’idée que mon fils n’ait pas droit à un vrai procès me dépasse", explique-t-elle depuis la France, son pays d’origine.

Retour aux faits . Le 6 octobre 2015, Philippe Graffart, cadre financier de haut niveau, est retrouvé, hagard, aux portes d’un commissariat de Singapour. Perquisition est menée dans son luxueux appartement du 32e étage. C’est là que le corps du petit Keryan est retrouvé. On apprendra plus tard que le garçon s’est vu administrer un somnifère avant d’être étouffé à l’aide d’un oreiller.

Philippe Graffart est inculpé d’assassinat, passible de la peine de mort à Singapour. Après un an d’enquête, le quadragénaire a finalement plaidé coupable, échappant ainsi à la pendaison.

Tout avait pourtant commencé comme dans un rêve. La rencontre, d’abord. Gwendoline et Philippe font connaissance en 2008, au Luxembourg. Le coup de foudre. "Notre première année a été passionnelle, c’était un personnage enjoué. Je suis tombée enceinte après un an. C’est là qu’a eu lieu sa première crise", explique la jeune femme.

Pourtant, ils partent tous les trois à Singapour, en septembre 2013. Philippe Graffart vient d’être nommé directeur exécutif des investissements dans la zone Asie-Pacifique par son employeur Nordea, un important groupe bancaire.

En Asie du Sud-Est, le couple bat de l’aile. Jusqu’à, selon elle, qu’il la batte. "C’était trop, on a décidé de se séparer et de passer devant un médiateur", poursuit Gwendoline.

Après avoir demandé la garde de Keryan à 70-30, elle reçoit des "menaces de mort", précisant détenir un enregistrement de la scène. "Après la séparation, je pensais que ça l’apaiserait. Au moins, ce harcèlement et ces humiliations constantes, c’était fini", souffle-t-elle.

Mais elle déchante. Après discussion sur la garde, elle se voit dire, selon une conversation elle aussi enregistrée, la phrase suivante : "Si tu obtiens la garde de Keryan, je te tue, je te tue. Je trouverai un moyen pour te tuer."

Autre épisode douloureux : Gwendoline se voit diagnostiquer un cancer du sein. Elle part se faire opérer en France, accompagnée de son fils. Mais Philippe l’appelle sur son lit d’hôpital. "Il m’a menacé de porter plainte pour enlèvement d’enfant. J’ai reçu 325 SMS en 24 heures, alors qu’il n’a jamais été question que je ne rentre pas."

La maman et son fils reviennent enfin à Singapour après la menace d’une résiliation de son assurance-maladie…

La situation ne fait qu’empirer. En août 2015, elle obtient un ordre de protection d’urgence délivré par la Cour de la famille de Singapour après une nouvelle agression.

Un simple morceau de papier qui ne suffira pas : Philippe conserve la garde partagée de Keryan. Arrive ce funeste 6 octobre. "J’ai appris la nouvelle le lendemain", sussure-t-elle, préférant le silence à des mots forcément vains.

Une décision connue le 22 août

En plaidant coupable, Philippe Graffart a évité la peine de mort, mais également un procès à proprement parler. Il bénéficie d’une procédure accélérée. Et il n’encourt que 10 ans de prison. La décision sera rendue le 22 août. Le 15, la défense va pouvoir déposer ses conclusions. En droit local, les parties civiles n’ont qu’un accès limité au dossier et Gwendoline et son avocat ne pourront avoir la parole.

La maman regrette de n’avoir pu prendre part à l’enquête, que ses enregistrements n’aient pas été retenus par le ministère public. Tout comme l’absent de mention dans le dossier de l’accusation d’une enquête policière pour "intimidation criminelle" contre Philippe Graffart, et de l’ordre de protection d’urgence délivré par la cour de la famille de Singapour. Elle s’étonne aussi de l’absence de contre-expertise psychiatrique de Philippe Graffart.

Et elle soupçonne son ex-mari d’avoir mis en scène sa page Facebook, truffée de photos de lui et Keryan, seulement à partir de quelques semaines avant les faits, pour"bâtir l’image du papa aimant et attaché à son fils".

Dévastée, cette maman désire "sauvegarder la mémoire d’un petit bonhomme merveilleux, attachant et plein de malice", un gamin pour qui "rien n’a été fait" pour sa protection. "Tous étaient massivement alertés du danger que représentait cet homme avant qu’il ne commette son acte abominable. Tous sont également alertés du danger qu’il représente encore. Mais une chape de silence étouffe ce scandale qui a coûté la vie à mon petit".