En France depuis 2015, mais voué à une expulsion prochaine, l’assassin présumé vendredi d’un responsable de centre d’asile à Pau "nourrissait des reproches" envers la structure, et voulait éviter de retourner au Soudan en guerre, selon le parquet, qui a écarté "toute intention terroriste".

La garde à vue du Soudanais de 38 ans a été prolongée samedi de 24 heures, et il sera déféré dimanche en vue d’une mise en examen pour assassinat et d’un placement en détention provisoire, a annoncé samedi la procureure de Pau Cécile Gensac.

L’agresseur n’était "ni signalé, ni fiché dans le cadre de la radicalisation violente, et les éléments recueillis permettent d’écarter toute intention terroriste".

L’homme a expliqué aux enquêteurs qu’il "nourrissait des reproches" à l’égard de la structure d’accueil de Pau, qui l’avait suivi il y a quelques années. Il considérait "que sa situation n’a(vait) pas été correctement traitée".

Plus précisément, il était venu vendredi au centre Isard-Cos de Pau "pour obtenir de la structure, et donc de la victime, un papier à l’attention de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) afin de permettre son maintien sur le territoire national". Se disant en "déshérence", il a évoqué "la crainte d’avoir dû retourner au Soudan en raison des guerres locales" qui ont motivé sa venue en Europe.

Car l’homme était en voie d’expulsion. Arrivé en France en 2015, il avait vu sa demande d’asile refusée alors par l’Ofpra. Mais, a rappelé Mme Gensac, "il bénéficiait de la protection subsidiaire internationale sur décision de la Cour nationale du droit d’asile", la justice administrative.

À la suite de condamnations pour violences -- l’une avec un résident du foyer d’asile, l’autre en détention -- le Soudanais a séjourné en prison de janvier 2017 à août 2018. Et l’autorisation provisoire de séjour "dont il bénéficiait légalement en sortie de prison au regard de son statut de protection internationale lui valait un titre jusqu’au 9 Novembre 2020", a précisé Mme Gensac.

Après quoi, à deux reprises il a été convoqué par l’Ofpra pour "la suppression de son statut de protection suite aux condamnations pénales", a détaillé la procureure. Il ne s’est pas rendu à ces convocations, la dernière en décembre.

Au lieu de quoi, il est revenu vendredi vers 10h30 -- son troisième passage cette semaine, a-t-il dit - dans les locaux administratifs du Cada (Centre d’accueil pour demandeurs d’asile), a priori déjà armé. Le chef de service asile l’a invité à sortir, à tout le moins "pour des raisons sanitaires", mais l’homme l’a suivi dans son bureau.

Très vite, des employés du centre ont entendu des cris, alerté la police, et ont découvert leur collègue gisant au sol. Ils ont maîtrisé l’agresseur "au niveau des bras", avec "beaucoup de courage", a insisté Mme Gensac, et l’ont maintenu dans un bureau jusqu’à ce que la police l’interpelle, sans résistance.

La victime de 46 ans, père de deux enfants, est mort de ses blessures - 13 plaies ont été recensées - environ une heure plus tard.