Faits divers

L'analyse de l'ordinateur portable et d'autres appareils numériques trouvés sur Mehdi Nemmouche lors de son arrestation le 30 mai 2014 laisse apparaître de très nombreux éléments défavorables à l'accusé, ressort-il de l'acte d'accusation lu vendredi devant la cour d'assises de Bruxelles lors du procès de l'attentat au Musée juif de Belgique.

Sept vidéos de revendication de la tuerie ont été découvertes sur le portable. Sur celles-ci apparaissent les objets, méticuleusement posés, trouvés sur Mehdi Nemmouche lors de son arrestation: un drap blanc avec des inscriptions en langue arabe, des munitions, une kalachnikov, un revolver, une paire de lunettes, une casquette, une petite caméra et une veste bleue.

L'accusé a refusé un "prélèvement" en vue d'une comparaison entre sa voix et la voix off des vidéos. Une comparaison par un ingénieur a cependant mené à la conclusion qu'il existait une "identité de voix" entre celles-ci. Les journalistes otages en Syrie ont également reconnu la voix comme celle de l'un de leurs geôliers, qu'ils ont identifié comme étant l'accusé.

Dans l'une des vidéos, la voix présente le matériel comme étant celui utilisé pour l'attentat au Musée juif, promettant qu'il ne s'agit que du "début d'une longue série d'attaques" en vue de mettre Bruxelles "à feu et à sang".

En outre, plusieurs éléments permettent d'identifier le lieu de tournage comme étant la chambre que Mehdi Nemmouche a occupé pendant près de deux mois à Molenbeek, en avril et mai 2014.

L'analyse de l'historique internet montre, quant à elle, la consultation de reportages consacrés à l'attaque, à Mohammed Merah ou encore aux attentats de Boston.

Des traces des vidéos de revendication ont également été retrouvées sur des cartes mémoire utilisées dans l'appareil photo et la caméra dont l'accusé était en possession au moment de son arrestation.

Nacer Bendrer a écopé de 5 ans de prison pour des faits postérieurs à l'attaque

L'accusé Nacer Bendrer a été condamné en 2017 pour tentative d'extorsion avec violence et menaces, alors qu'il était en liberté conditionnelle à la suite de son inculpation dans le dossier de l'attentat au Musée juif de Belgique. C'est un élément qui a été évoqué, vendredi en fin de matinée, au travers de la lecture de l'acte d'accusation du parquet fédéral, devant la cour d'assises de Bruxelles. Nacer Bendrer avait été inculpé et placé sous mandat d'arrêt le 17 février 2015 en Belgique, dans le cadre de l'enquête sur l'attentat au Musée juif de Belgique, commis le 24 mai 2014 à Bruxelles. Le 9 novembre 2016, les autorités belges l'avaient remis en liberté moyennant le respect de conditions et le paiement d'une caution de 50.000 euros. Il était notamment assigné à résidence, chez lui, à Marseille.

Huit mois après, le 31 juillet 2017, les autorités belges ont appris que Nacer Bendrer avait été mis en examen par la police marseillaise dans le cadre d'un règlement de comptes. Selon la victime des faits, le 24 avril 2017, deux individus encagoulés, dont l'un était armé d'un fusil mitrailleur, avaient sonné à sa porte.

La victime avait dit avoir reconnu Nacer Bendrer. Selon elle, ce dernier estimait que sa famille avait une dette envers lui. Nacer Bendrer lui réclamait un montant de 100.000 euros.

La victime avait également déclaré que Nacer Bendrer lui réclamait des armes appartenant au frère de cette dernière, alors que Nacer Bendrer avait déjà volé des armes à celui-ci quelques années avant, notammanent deux kalachnikovs, un fusil à pompe, un pistolet Glock et une autre arme automatique.

Comme la victime avait refusé de donner à Nacer Bendrer ce qu'il voulait, ce dernier était venu chez lui le 24 avril 2017 dans le but de la tuer, selon ses déclarations. Elle avait décrit Nacer Bendrer comme "incontrôlable" et "très dangereux".

Cette personne sera entendue comme témoin lors du procès, le 8 février prochain.

Pour cette tentative d'extorsion avec violence et menaces, Nacer Bendrer a été condamné le 3 septembre dernier à une peine de 5 ans de prison. Il a toutefois interjeté appel de cette décision.

Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer, deux Français âgés de 33 et 30 ans, sont accusés devant la cour d'assises de Bruxelles d'être auteurs ou co-auteurs de l'attaque terroriste commise le 24 mai 2014 au Musée juif de Belgique, situé rue des Minimes à Bruxelles. L'attentat avait coûté la vie à quatre personnes.

Mehdi Nemmouche avait été arrêté le 30 mai 2014 à la gare routière de Marseille, en possession de plusieurs armes, dont une kalachnikov, qui semblent être identiques à celles utilisées lors de l'attaque au Musée juif.

Nacer Bendrer, arrêté le 9 décembre 2014 à Marseille, est soupçonné de lui avoir fourni ces armes.

Selon l'enquête, Mehdi Nemmouche est bien l'auteur de l'attaque au Musée juif. Il est l'homme visible sur les images de caméras de vidéo-surveillance dans et autour du musée lors de la tuerie, et qui ont fait l'objet d'un avis de recherche largement diffusé les jours suivant les faits.

Nemmouche avait l'air "suspect" et "inquiet" lors de sa visite à Marseille

Mehdi Nemmouche avait l'air "suspect" et "inquiet" lors de sa visite à Marseille en avril 2014, a déclaré Mounir Attallah à la juge d'instruction belge lors de son audition début juillet de la même l'année. Lorsqu'ils se sont vus à Marseille un mois et demi avant l'attaque, Mounir Attallah, que Mehdi Nemmouche avait également cotoyé en prison, a d'abord eu des difficultés à la reconnaître car il ne portait pas de barbe.

S'il a finalement reconnu avoir donné le numéro de Nacer Bendrer à Mehdi Nemmouche, Mounir Attallah a assuré lors de ses interrogatoires qu'il n'avait vu l'accusé qu'une fois lors de son séjour dans la cité phocéenne, que ce dernier ne lui avait pas demandé d'arme et qu'il ne l'aurait pas conduit chez Nacer Bendrer car il avait l'air "suspect".

Il a aussi rapporté l'inquiétude dont Mehdi Nemmouche faisait preuve, regardant sans cesse autour de lui. Quant au fait que l'accusé avait retiré la puce de son téléphone, Mounir Attallah souligne que "si quelqu'un fait ça chez nous, c'est qu'il est cramé, qu'il ne veut pas borner".

S'il avait été informé des projets de Mehdi Nemmouche, Mounir Attallah affirme qu'il aurait cassé son téléphone pour ne plus avoir de nouvelles de sa part.

Enfin, lorsqu'il a appris que l'accusé était soupçonné de la tuerie, il s'est dit qu'il était "dans la merde", vu leurs contacts réguliers dans les semaines précédant les faits. Quant à Nacer Bendrer, il était "grave énervé, il l'a insulté", selon Mounir Attallah. Ce dernier explique ses premières dénégations par le fait qu'il n'a pas voulu mettre Nacer Bendrer "en danger". Il craignait également que Mehdi Nemmouche s'en prenne à lui par la suite.

Nacer Bendrer a finalement reconnu que Mehdi Nemmouche lui avait demandé une arme

Nacer Bendrer a reconnu, lors de son interrogatoire par la juge d'instruction le 13 mars 2015, qu'il avait vu Mehdi Nemmouche à Bruxelles les 10 et 11 avril 2014, après avoir pris le train depuis Marseille. Il a expliqué qu'il devait y venir pour "voir une voiture" et qu'il avait accepté d'y retrouver son ancien compagnon de cellule à la demande de ce dernier. Il a également reconnu que c'est lors de cette rencontre que Mehdi Nemmouche lui a dit qu'il voulait une arme, et plus spécifiquement une kalachnikov.

Une dizaine de jours plus tard, ce dernier l'a recontacté, lui disant qu'il se trouvait devant chez lui à Marseille, selon sa version. Nacer Bendrer lui aurait alors dit qu'il n'avait pas l'arme qu'il cherchait. Il a indiqué aux enquêteurs qu'il n'avait ensuite plus eu de nouvelles de Mehdi Nemmouche.

Il a également expliqué que, s'il n'était pas venu à Bruxelles avec son GSM, c'était simplement parce qu'il n'en avait pas besoin.

Nacer Bendrer a ajouté qu'il ne savait ni pourquoi Mehdi Nemmouche voulait une arme ni pourquoi ce dernier était revenu à Marseille le 30 mai 2014, quelques jours après la fusillade au Musée juif.

Quant à Mounir Attallah, il avait également fini par admettre, devant la juge d'instruction le 1er juillet 2015, que Mehdi Nemmouche l'avait bien contacté en avril 2014 pour obtenir le numéro de téléphone de Nacer Bendrer.

Les trois hommes s'étaient connus en prison, à Salon-de-Provence, entre 2009 et 2010. Mounir Attallah avait précisé qu'il ne savait pas pour quelle raison Mehdi Nemmouche souhaitait contacter Nacer Bendrer.

A l'issue de cet interrogatoire, Mounir Attallah avait été inculpé lui aussi de complicité d'assassinats dans un contexte terroriste et placé sous mandat d'arrêt. Il a finalement fait l'objet d'un non-lieu et n'a pas été renvoyé devant la cour d'assises.