Pour le parquet fédéral, la justice belge doit juger ce crime de guerre, 51 ans après

BRUXELLES Pour le parquet fédéral belge, l’assassinat le 17 janvier 1961 au Katanga de l’ancien Premier ministre congolais Patrice Lumumba, n’est pas prescrit, malgré l’ancienneté d’un demi-siècle.

Et c’est un coup de tonnerre, un an après le dépôt de plainte à Bruxelles de la famille Lumumba : la DH a pu apprendre que pour le parquet fédéral, la justice belge est compétente pour juger 51 ans après les responsabilités pénales éventuelles des 10 suspects belges visés par la plainte avec constitution de partie civile déposée le 22 juin 2011 par les avocats de la famille Lumumba, Mes Annemie Schaus et Christophe Marchand.

La position du parquet fédéral était très attendue depuis 12 mois. D’un trait, le ministère public belge aurait pu conclure à la prescription, et c’en eût été fini. Dans un réquisitoire écrit de 30 pages, le magistrat fédéral Thierry Wertz a donc décidé de défendre la non-prescription.

Le parquet fédéral a soutenu cette position hier devant la chambre des mises en accusation de Bruxelles. Pour Thierry Wertz, la question préalable est d’établir si en janvier 1961, le Congo et la province sécessionniste du Katanga étaient les théâtres d’un conflit armé.

Le parquet belge a procédé à une analyse des données historiques pour répondre par l’affirmative, en déduire l’applicabilité du Droit de la Guerre et en conclure que l’élimination physique après tortures de Lumumba constitue un crime de guerre, donc : imprescriptible.

Rappelons que le 10 février 2002 la Belgique ayant admis sa responsabilité morale, présentait ses “excuses” et ses “profonds et sincères regrets” au peuple congolais.

Le 22 juin 2011, la plainte de 136 pages de la famille Lumumba citait dix Belges comme auteur, co-auteur ou complices de l’assassinat de Lumumba.

Selon nos infos toujours, deux des dix sont décédés durant l’année écoulée.

La chambre des mises a dû constater que la plainte concerne donc à présent 8 suspects.

L’un d’eux, le chevalier Jacques Brassine, 82 ans, a assisté à l’audience : il est le seul. À l’époque directeur du Bureau technique du Katanga , M. Brassine est l’auteur avec Kestergat en 1991 du livre Qui a tué Lumumba .

Un autre, M. Carlo Huyghe, que la Belgique a décoré deux fois pour services rendus, vit en Afrique du Sud et n’a pas fait le déplacement.

Hier, la chambre des mises en accusation de Bruxelles a pris acte de la position du parquet fédéral et mis son arrêt en délibéré. Celui-ci sera rendu après les congés. Si l’arrêt suit le parquet fédéral, il s’agira d’un feu vert pour l’instruction pénale de l’Affaire Lumumba, comme n’importe quelle affaire criminelle.

Cinquante-et-un ans après le meurtre, celle-ci sera alors confiée à un juge d’instruction de Bruxelles. Selon nos infos toujours, le juge est désigné : il s’agit de Mme Marie-Aurore Dagnely.



© La Dernière Heure 2012