Faits divers Entre 2016 et 2017, tous les prêtres et religieux de Belgique ont reçu une formation destinée à éviter les abus.

La révélation de nombreux scandales de pédophilie continue d’affecter profondément la réputation de l’Église catholique belge. Pour tenter d’éviter que des scandales de ce type puissent à nouveau éclater en Belgique, elle a été contrainte d’organiser des formations et des sessions d’information visant à prévenir les abus sexuels en son sein.

Entre le début de l’année 2016 et jusqu’au printemps 2017, les diocèses ont donc été chargés d’organiser une journée de formation destinée aux prêtres mais aussi aux laïcs actifs dans le clergé.

Les congrégations de religieux ont elles aussi été chargées de mettre sur pied ce type de formation. "Il y a eu des formations pour tous les prêtres, dans tous les diocèses. Pas seulement sur la pédophilie mais aussi sur les problèmes d’addictions et de solitude et sur comment tout le monde gère ça. Les jésuites ont aussi eu une journée de formation où des psychologues, des juristes et des spécialistes du droit canon ont été entendus. C’est un engagement que nous avons dû prendre suite à l’arbitrage de la commission créée par le Parlement pour lutter contre les abus sexuels sur des mineurs dans l’Église belge", explique Tommy Scholtès, porte-parole des évêques de Belgique.

Pour le diocèse de Tournai, ce sont donc 321 prêtres qui ont pu suivre cette journée de formation.

"Mgr Harpigny avait demandé à tous les prêtres, diacres et assistants pastoraux d’y assister. Ce n’était pas obligatoire mais il a largement insisté pour que tout le monde soit présent", explique Pierre Bernard, juriste pour les centres de contact dédiés aux victimes de prêtres pédophiles et l’un des intervenants d’une de ces formations. "Je leur ai présenté des brochures éditées par le centre interdiocésain à ce sujet. Certains n’étaient pas au courant d’un certain nombre de choses. C’était très utile de leur rappeler", estime-t-il.

Après un rappel concernant les lois, les prêtres ont également assisté à la conférence d’une psychologue. "Elle leur a parlé du ressenti des victimes, elle leur a rappelé la gravité des faits", détaille Pierre Bernard.

Selon le juriste , les prêtres ont réservé un bon accueil à cette journée de formation. "Il y a eu des questions très intéressantes de la part des participants. Certains ont voulu savoir si les actes de pédophilie étaient réellement plus nombreux au sein de l’Église catholique que dans les autres milieux. On leur a expliqué que ce n’était pas le cas et qu’il y avait plus d’abus sexuels commis sur des mineurs dans le milieu du sport et au sein des familles", affirme-t-il.

"On prend le problème à la légère"

Claire Dufour-Jaillet est psychothérapeute et spécialisée dans l’accompagnement de victimes de pédophilie mais aussi de pédophiles. Pour elle, organiser une journée de formation à destination des prêtres est un non-sens. "Ce qui pousse les pédophiles à passer à l’acte est tellement profond que ce n’est pas une journée de formation qui va y changer quoi que ce soit. Les prêtres pédophiles qui passent à l’acte savent très bien que ce qu’ils font est mal et qu’ils transgressent un interdit. Il n’y a pas un seul pédophile qui vous dira ‘J e ne savais pas que ce que je faisais était mal’. C’est prendre ces prêtres pour des idiots que de penser qu’une journée de formation va changer quoi que ce soit et c’est aussi prendre le problème à la légère", estime-t-elle.

Selon elle, seul un travail en profondeur peut empêcher les pédophiles de passer à l’acte. "Organiser des groupes de parole pour lever le tabou, sans que le groupe soit jugeant et condamnant peut faire partie de la solution. Les pédophiles vivent en général une grande souffrance. Certains sont des psychopathes qui prennent du plaisir à faire souffrir leurs victimes et que ça excite d’en parler mais ce n’est pas la majorité des cas. Ce qu’il faut, c’est faire un travail en profondeur pour comprendre la source de ces comportements pour éventuellement changer, mais une formation ça n’a aucun sens. L’Église catholique devrait prendre ce problème beaucoup plus au sérieux", estime-t-elle.

Retrouvez à ce sujet "La dernière humeur" de Géry De Maet.