Faits divers

Mis en cause à Arlon, Claude Thirault avait prévenu la police dès 93. Nous l'avons rencontré

ARLON Ce sont les avocats de Dutroux qui ont publiquement lancé à Arlon l'information, déjà dans le dossier: un poil d'un informateur de la police a été retrouvé dans la cache de Marcinelle. Cet informateur, c'est Claude Thirault, dont le témoignage devant la cour d'assises est programmé pour le 8 avril prochain. Et mercredi, Dutroux l'a abondamment chargé.

Inculpé tout un temps dans ce dossier, Thirault, un ancien locataire de Dutroux, a passé 36 jours en prison. Il a finalement été blanchi par la chambre du conseil. Nous l'avons rencontré.

Marc Dutroux veut impliquer Thirault dans les enlèvements, et pas que ceux évoqués à Arlon. Dans une lettre adressée à l'avocat de Philippe Deleuze, le papa de Laurence Mathues, jeune fille retrouvée morte à Fernelmont, il cherche aussi à l'enfoncer dans ce dossier. Voici quelques extraits de cette lettre dactylographiée par Dutroux, dans un style pseudo juridique typique.

«Thirault Claude: ce personnage a commencé par bénéficier des plus hautes protections judiciaires dans les juridictions du Hainaut. C'est de cette façon que lui et ses très nombreux complices ont évité d'être condamnés pour les très nombreux vols connus, qu'ils ont commis dans les années 1990 à 1993, notamment».«En 1993, Thirault Claude s'était lui-même vanté, alors en présence de mon épouse et de moi-même, qu'il était utilisé par l'Allemand dans un réseau qui séquestrait des enfants à la corse, notamment dans un tunnel... Informations qui ont initié les fouilles au charbonnage de Jumet (fouilles reprises ensuite à cause de Raemaekers et Cie).»«Qui est le blond venu avec mon épouse à Marcinelle? Bref, tout concorde pour être interpellé par les activités et les complicités de Thirault Claude, y compris pour ce qui est arrivée à Laurence Mathues».

Dans cette même lettre, qui date de fin 2002, Dutroux dénonce aussi des protections dont bénéficieraient plusieurs de ses anciens comparses, Thirault, mais aussi Patrick Charbonnier (avec qui il a fait des coups) ou Gérard Pinon. Le même discours qu'aujourd'hui.

Thirault répond

Quelques jours avant le procès, nous avons rencontré Claude Thirault. Pour lui, tout cela n'est qu'une honteuse vengeance de Dutroux.

«En 1993, j'avais déjà dénoncé Dutroux à la gendarmerie. Oui, j'étais bien en contact avec lui, je lui louais une maison, mais je l'ai surtout espionné pour le compte des gendarmes. J'ai assisté à la construction des caches dans la maison de Marchienne-Docherie. Il avait baissé le niveau du sol de la cave, pour accéder aux citernes. Il m'a dit que c'était pour y mettre des enfants, avant de les envoyer à l'étranger.»

Thirault a été plus loin encore dans ses déclarations. «Un jour, en camionnette, Dutroux m'a dit en montrant des fillettes: Regarde, c'est frais, ça se vend bien. Il m'a proposé 150.000 francs pour enlever des enfants avec lui. J'ai refusé et je l'ai dénoncé. Je ne comprends toujours pas pourquoi on n'est pas allé voir dans les citernes en 1995, après l'enlèvement de Julie et Mélissa», nous dit-il.

Les déclarations de Thirault, faites aux gendarmes carolos Pettens et Bouvy, avaient été transmises au chef Michaux, qui a travaillé avec la brigade de Grâce-Hollogne. On sait malheureusement depuis comment ces informations capitales ont été utilisées par la suite.

Convoqué pour le 8 avril, Thirault ne se débinera pas. «J'ai envie de venir et dire tout ce que je sais sur les projets de Dutroux à l'époque des faits». Et Dutroux sait ce qu'il risque: il a déjà contre-attaqué à Arlon, dans un grand numéro de «c'est pas moi, c'est les autres ».

© La Dernière Heure 2004