Faits divers La Maison du Roi, inquiète, interpelle l’Office des étrangers.

La Belgique s’apprête à expulser vers Kinshasa un opposant actif au régime du président Kabila qui, pendant quatre ans, lors de toutes les manifestations à Bruxelles, de la Porte de Namur à l’ambassade de RDC, criait : "Non à Kabila", "Kabila tu ne touches pas à la Constitution", "Kabila doit partir", "Kabila nous tue", "Kabila criminel" et "Kabila dégage". Sa dernière manifestation, avec un demi-millier d’autres, date du 19 décembre. Aujourd’hui, Riser Kamanga Kabala ne manifeste plus.

Motif ? "Parce que je suis retenu depuis quatre mois au centre 127 bis à Steenokkerzeel, l’Office des étrangers s’apprêtant à tout moment à m’expulser vers Kinshasa", a pu nous confier le trentenaire dans un contact hier après-midi.

Inquiet ? "Si on me dépose sur le tarmac de l’aéroport Ndjili de Kinshasa, je disparais ni vu ni connu dans les cinq minutes. On vient me chercher sur mon siège, on me tire de l’Airbus et plus personne n’entend parler jamais de moi."

C’est le cri d’alarme que lance Riser Kamanga pour appeler la Belgique à ne pas exécuter l’ordre d’éloignement. Riser, 36 ans, en Belgique depuis 2012, fait partie du mouvement Peuple Mokonzi d’opposition au régime. Il a pris part à des dizaines de manifestations pacifiques. Grâce à lui d’ailleurs puisqu’il était l’un des responsables de la sécurité.

"C’est une question de vie ou de mort. M’envoyer à Kinshasa, c’est m’envoyer à la mort. Je suis fiché à l’aéroport comme tous les combattants filmés dans les vidéos contre Kabila. Ces vidéos sont systématiquement enregistrées par le contrôle immigration géré par le régime."

Riser Kamanga : "Si la Belgique m’expulse, je suis un homme mort. Je disparais ni vu ni connu. Ma famille ne sera même pas au courant de ma disparition. C’est comme cela que ça va se passer. On ne retrouvera rien de moi."

Le cas inquiète le Palais royal. Le 9 mai, la directrice Chantal Cooreman, du service requêtes de la Maison du Roi, a adressé un courrier au directeur général de l’Office des étrangers, Freddy Roosemont. Dans ce courrier, Chantal Cooreman insiste : "Sa Majesté le Roi la charge de lui" faire part de la situation de l’opposant.

Il y a urgence. Dimanche passé, le service rapatriement est venu chercher Riser Kamanga au centre 127 pour le conduire à l’aéroport.

"J’ai refusé d’embarquer, expliquant que la Belgique, terre des droits de l’homme, ne peut jouer le rôle de livrer un opposant à un tel régime."

En outre, Riser Kamanga tient à préciser que s’il se trouve au centre fermé, ce n’est pas après avoir été interpellé en rue à Bruxelles par la police, mais alors qu’il se rendait spontanément à l’Office des étrangers.