Dans ses auditions avec les policiers marocains, Belliraj a dit qu'il était à la fin des années '80 à la tête d'un réseau dans la mouvance du terroriste palestinien Abou Nidal


BRUXELLES La défense du professeur Joseph Wybran, abattu devant l'hôpital Erasme le 3 octobre 1989, s'est dite persuadée vendredi de l'implication d'Abdelkader Belliraj dans cet assassinat jamais élucidé qu'il a reconnu devant les policiers marocains sans toutefois le confirmer devant le juge d'instruction.

Me Michèle Hirsch, avocate de la famille du professeur Wybran, qui était président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) en 1989, a pu consulter les dossiers judiciaires belges et marocains.
Elle s'étonne du fait que les autorités anti-terroristes belges connaissaient dès 1991 le profil intégriste de Belliraj et qu'il ait encore pu être recruté en 2000 comme informateur par la Sûreté.

Abdelkader Belliraj a été arrêté au Maroc en février dernier. Soupçonné d'y avoir dirigé un réseau terroriste, il doit y être jugé à partir du 16 octobre avec une trentaine de personnes pour terrorisme ainsi que pour six assassinats commis en Belgique entre 1986 et 1989, dont celui du professeur Wybran. Me Hirsch se constituera partie civile devant le tribunal de Rabat avec l'avocat marocain Me Semlali.

Dans ses auditions avec les policiers marocains, Belliraj a dit qu'il était à la fin des années '80 à la tête d'un réseau dans la mouvance du terroriste palestinien Abou Nidal et qu'il avait tué des cibles juives et arabes modérées, dont le professeur Wybran et le recteur de la grande mosquée de Bruxelles qui ne souscrivait pas à la fatwa iranienne contre l'écrivain Salman Rushdie.
"La justice marocaine jugera. Je ne vais pas préjuger mais je suis persuadée que l'on a trouvé l'assassin du professeur Wybran", dit Me Hirsch.

L'avocate souligne qu'Abdelkader Belliraj est connu de longue date des autorités judiciaires belges. Le dossier belge mentionne ainsi un rapport de 1991 du Groupe interforces antiterroriste (GIA) où Belliraj est qualifié d'intégriste et où il est suspecté, pour 1987, de trafic d'armes, d'explosifs ainsi que de faux passeports.

L'avocate se dit encore plus surprise de découvrir que, malgré ces éléments, Abdelkader Belliraj ait été recruté en 2000 comme informateur par la Sûreté de l'Etat dans le cadre de la lutte anti-terroriste alors qu'il parcourait encore le monde, entretenant et revendiquant des contacts terroristes au plus haut niveau, notamment avec Oussama Ben Laden, une semaine avant les attentats du 11 septembre 2001.

© La Dernière Heure 2008