Faits divers Selon un calcul de La DH, 22 djihadistes jugés à Bruxelles sont dans la nature. Leur lien : Khalid Zerkani, mortifère homme clé.

Et de quatre. Combien encore à suivre ? Avec l’arrestation de Reda Kriket, jeudi soir, en région parisienne, c’est le quatrième djihadiste jugé pour terrorisme en Belgique à être impliqué directement dans un attentat ou projet d’attentat sur le sol européen. Les Belges Abdelhamid Abaaoud, Chakib Akrouh et Najim Lachraoui sont morts après la commission de leur attentat. Et Reda Kriket aurait été très proche de réaliser le sien, selon le ministre de l’Intérieur français Bernard Cazeneuve.

Selon un calcul réalisé par La DH, à partir de l’intégralité des procès pour terrorisme tenus à Bruxelles depuis deux ans, 28 personnes ont été jugées en leur absence comme membre d’une organisation terroriste.

Trois d’entre eux sont morts au combat en Syrie. Trois autres à la suite des attentats de Paris et Bruxelles. Et Reda Kriket a été arrêté. Ce qui laisse encore 21 djihadistes dans la nature, pour la plupart partis en Syrie ou en Irak depuis plus de deux ans. Quinze d’entre eux ont déjà été condamnés. Les autres le seront sans aucun doute le 3 mai prochain, lors du prononcé de leur jugement. Autant de risques potentiels pour de futurs attentats, étant donné la relative facilité qu’ont ces hommes à revenir sur le sol européen, via des faux papiers.

Tous ces hommes ont un seul et même point commun : Khalid Zerkani. Dont l’importance n’avait peut-être pas été mesurée à sa juste valeur dans l’opinion publique, avant que la France et la Belgique ne soient touchées par des attentats terroristes orchestrés depuis la Syrie. Son action aura porté ses fruits, une poignée d’années plus tard. Une véritable charge à mèche lente.

Cet homme barbu, hirsute et virulent lors de son procès a toujours été discret à la ville. Pas de SMS, peu de téléphone, aucun mail échangé, des techniques de contre-filature afin d’éviter les contacts avec la police. Quasiment sans aucun revenu déclaré (3.500 € en 2009, sans revenus depuis), il jouissait "d’importants revenus occultes" selon la justice. Et d’innombrables rencontres avec des jeunes gamins venus de tout Bruxelles pour y apprendre le salafisme.

L’homme est d’abord apparu dans la filière djihadiste de départ chez les milices islamistes Shebab, en Somalie, en 2012.

Par la suite, il a logé chez plusieurs jeunes aspirants djihadistes. Au total, il a été en relation avec 18 personnes qui sont parties ou ont tenté le voyage vers la Syrie. Parmi eux, Kriket, Abaaoud et Akrouh. Il "professait un islamisme radical" et s’est fait une "triste spécialité de circonvenir des personnes en décrochage, souvent très jeunes pour les endoctriner et les inciter à gagner les terres du djihad", précise le jugement du 29 juillet dernier.

L’homme a été cité maintes fois lors du procès du prédicateur converti Jean-Louis Denis, comme étant un familier de ce dernier. Son nom apparaît aussi dans le dossier des attentats déjoués de Verviers, où il est apparu en contact avec les deux djihadistes morts le 15 janvier 2015 dans l’assaut des unités spéciales de la police belge.

Son prochain procès débute le 18 mai. Quant à l’arrêt de la cour d’appel, dans le dossier qui l’associe à Abdelhamid Abaaoud, il sera prononcé le 14 avril.

Reda Kriket, dit "Le Français", braquait pour le djihad

L’arrestation complète le tableau d’un seul et même réseau francophone

L’arrestation à Argenteuil, en région parisienne, de Reda Kriket a dévoilé l’ampleur du réseau Zerkani. Elle a été révélée hier par Le Parisien et I-Télé. Né le 17 janvier 1982 à Courbevoie et demeurant à Ixelles, Kriket avait été condamné, en son absence, à 10 années de prison le 29 juillet dernier par le tribunal correctionnel de Bruxelles.

Le jugement de cet homme, surnommé "Le Français" par ses complices, offre des précisions intéressantes sur son profil. Ainsi, une note de la Sûreté de l’État indique qu’il s’est rendu en Syrie au dernier trimestre 2014.

Reda Kriket avait été aperçu au domicile de Khalid Zerkani, le chef et gourou de cette bande de jeunes aspirants djihadistes, à son domicile de la rue Vanderstichelen, à Molenbeek, à côté de Tour&Taxis, en 2013.

Il est apparu que Reda Kriket avait donné 12.000 € à Logan Leborgne, jeune converti arrêté dans un bus en Serbie, en mars 2014, afin qu’il puisse financer son départ en Syrie.

C’est ce même Leborgne qui a qualifié Reda Kriket de "braqueur pratiquant la ghamina", c’est-à-dire la possibilité de "braquer des mécréants" quand on vit en pays non-islamiste, avait dit Leborgne lors de son procès, à l’audience du 15 mai dernier. Kriket avait ainsi volé des bijoux pour financer le djihad. Il est aussi apparu que cet homme avait prêté sa Mercedes AMG au gourou Zerkani.

Selon Le Parisien, Kriket était recherché depuis le 15 janvier 2016 par la DGSI française et faisait l’objet de filatures et écoutes depuis plusieurs semaines. En garde à vue, il aurait indiqué être en possession d’armes et d’explosifs.

Était-il pourtant en lien avec les attentats de Bruxelles ? Rien ne l’indiquait hier et les autorités françaises n’en ont pas fait mention. Il était toujours en garde à vue hier soir.