Les Marolliens ont perdu leur Robin des Bois

BRUXELLES `Je viens de l'apprendre. C'est terrible. Je l'aimais bien, moi, Michel Demaret, c'était un type bien.´ Dès ce mercredi après midi, les Marolles étaient en deuil. Le quartier populaire de Bruxelles a perdu l'un de ses enfants adoptifs, l'ex-bourgmestre faisant fonction Michel Demaret. Morceaux choisis de propos glanés au détour de la place du Jeu de Balle et des rues Haute et Blaes:

`Très normalement, quand il a démarré en politique, les Marolliens ne le connaissaient pas, explique Godi, le regard embué de larmes, attablée avec quelques amis au Renard, un établissement de la rue Haute. Puis il a pris leur défense, il s'est inquiété des petites gens, il leur a trouvé un logement, du travail. Il était toujours là pour remonter le moral des personnes âgées, il s'est même occupé des problèmes juridiques de certains.´

`Moi, ça me fait rire quand on parle de magouilles. On l'appelait M. 10% ? Oui, mais est-ce qu'on a seulement déjà cherché M. 20%, s'exclame Paul.

`C'était un personnage entier, explique Jean-Claude, c'est vrai qu'il a parfois pris des positions osées contre le pape ou les Etats-Unis, mais c'est ce qui faisait son charme. C'est pour ça que les Marolliens l'aimaient.´

`Je sais qu'il n'avait rien fait, mais même si jamais cette rumeur était fondée qu'il prenait des commissions, il devait certainement les redistribuer auprès des gens; il ne l'aurait pas fait pour son compte!´, précise un autre.

Claude Michel, échevin des Finances bruxellois bien connu dans la capitale de se souvenir: `Nous allions être les doyens du conseil communal. Ce monsieur engendrait évidemment la bonne humeur mais il savait se couper en quatre pour un indigent ou pour un industriel. C'était une sorte de Robin des Bois en ce sens qu'il redistribuait les richesses - je l'ai vu dans un bistrot donner 1.000 F à un démuni -, un Robin des Bois mâtiné de Gargantua. Il était très difficile de se fâcher avec lui. On perd un personnage et quel personnage!´

`Il a tout simplement fait ce que ses électeurs attendaient de lui, il s'occupait d'eux. Et eux le lui rendaient bien´, estime Paul.

`Vous savez, conclut Godi, en fin de compte, c'est la justice et tous les soucis qu'elle entraînait qui l'ont tué!´