Sa veuve, l'héritière Interbrew, une des plus grosses fortunes du pays

BRUXELLES Depuis le mariage le 9 février 2001, Luka Bailo, 65 ans, et la vicomtesse de Spoelberch, 80 ans, avaient choisi d'élire domicile au Grand-Duché. Ce jour-là, une aristocrate héritière d'une fortune à peine imaginable épousait un flambeur de casino de 15 ans son cadet.

C'était un mariage d'amour et l'avenir allait vite le montrer. La justice s'intéressait à son mari. Pour Amicie de Spoelberch, qui s'en plaignait auprès du Premier ministre Verhofstadt, la justice menait un complot pour l'empêcher de partager sa fortune avec l'homme de sa vie.

Pas plus tard qu'il y a huit jours, Luka Bailo aurait dû comparaître devant la chambre du conseil de Bruxelles. D'autres étaient présents, pas Bailo. Nous apprenions, hier, dans un établissement slave où il avait ses habitudes, que Luka Bailo était décédé, au Grand-Duché, des suites d'une longue maladie. Il laisse une veuve et deux fils d'un premier mariage, âgés de 22 et 24 ans.

En mars 2001, certains estimaient la fortune des de Spoelberch, propriétaires de 25% des parts d'Interbrew, à 97 milliards de F (2,4 milliards d'€).

Un personnage de roman que Luka Bailo né serbe - à Gornji Malouan-Kupres, le 15 janvier 1936 -, naturalisé belge - le 25 mars 1995 -, flambeur de casino (Scheveningen...) et parfois soupçonné d'avoir appartenu «au crime organisé yougoslave» et d'avoir été «à la tête d'un important trafic de diamants avec l'Europe de l'Est» -, c'est du moins ce que les journaux écrivaient en décembre 1999. Bailo, lui, démentait, et avec quelle élégance, en offrant le champagne à ses détracteurs!

En 2001, Marc Verwilghen parlait de Bailo à la tribune de la Chambre. Un précédent ministre de la Justice, Tony Van Parys, s'inquiétait d'une sombre affaire où il était question de déstabilisation de la justice en relation avec les mafias russes...

Luka Bailo habitait un petit château, à Uccle, où un médecin qu'il avait invité à se baigner s'était noyé, en janvier 1998, à 4 h du matin. L'enquête du juge Vandermeersch avait conclu à une hydrocution. En 1999, Bailo était victime - toujours au château - de son second home-jacking en trois ans. Cette fois, l'enquête mettait clairement en évidence le rôle complice joué par deux jeunes femmes qu'il avait plu à Bailo d'inviter chez lui.

En menant leur enquête jusqu'au bout, les policiers avaient trouvé deux armes avec silencieux et pour 350 millions de pierres précieuses. Et voilà que de victime, Bailo se retrouvait... en prison. Entre-temps encore, une jeune femme accusait Bailo de l'avoir violée alors qu'elle n'avait que 14 ans. «Des bêtises», vitupérait la vicomtesse en s'adressant à Verhofstadt. Et c'est vrai que toutes ces affaires se dirigeaient vers le non-lieu. Mais l'a-t-on dit à Bailo qui se disposait à verser 12.500 € au juge pour classer l'affaire?

Bailo l'aurait fait via des intermédiaires parmi lesquels, a-t-on dit, un autre juge d'instruction connu du grand public (lequel a toujours nié et même déposé plainte). Et voilà, la semaine passée, que M. Bailo inculpé de tentative de corruption se retrouvait en chambre du conseil.

Sa disparition pèsera sur la suite du dossier. Mais l'affaire se poursuivra, sans lui, le 21 janvier 2005.

© La Dernière Heure 2004