Ils sommeillent dans des boîtes. Mais on a tout intérêt à les faire transformer.

Installée depuis près de 8 ans dans l’Entrepôt royal de Tour et Taxis, Marie-France Vankueken était auparavant installée dans l’atelier de son père, bien connu pour sa fabrique de boîtiers de montres, dans le centre de Bruxelles. Les clients ont suivi. Et sans difficultés même : il y a peu de bijouteries comme "Les bijoux de Marie-France", qui propose bien sûr des créations mais qui s’est fait une fameuse spécialité en Belgique pour réparer, transformer ou recréer des bijoux anciens. "Depuis le début, tous les trucs impossibles, cela arrivait chez nous. Papa se faisait un honneur d’innover", sourit Marie-France. À l’époque, le commerce est un gros vendeur de chaînettes, un bijou qui peu à peu tombe en désuétude. Il faut innover… surtout que le prix de l’or grimpe. Marie-France se lance dans des bijoux innovants avec des pierres spéciales comme l’ambre, en utilisant moins d’or pour qu’ils coûtent moins cher. Et surtout propose des solutions et de l’écoute à toutes les personnes ayant des bijoux anciens. " Pour toute personne qui amène de l’or, j’en fais une analyse en labo. On reçoit l’équivalent d’une prise de sang en quelque sorte pour savoir si cet or contient des alliages, des soudures. Ensuite, je retire les métaux qui n’ont plus lieu d’être et je garantis un or à 18 carats poinçonné 750. Un or recyclé ", explique la créatrice. À partir de là, tout est possible. "Je peux aussi travailler sans fondre un bijou."

Et ils sont nombreux à venir avec des bijoux reçus en héritage. Marie-France a tôt fait de trier, "le toc, ça se voit, on ne fabrique pas les bijoux de la même manière et j’ai des années d’expérience", remarque celle qui est aussi professeure de bijouterie à La Cambre. Ensuite, elle guide les clients souvent perdus : que faire avec ces bijoux, en quoi les transformer ? "Certains viennent avec une idée précise mais c’est finalement rare. Souvent, ils savent qu’ils veulent par exemple une bague… mais pas quel genre de bague !" La bijoutière n’a pas son pareil pour leur montrer ses idées originales (voir ci-dessous). "Il faut prendre le temps pour y réfléchir, ce n’est pas anodin ces transformations. On vient chez moi comme chez un médecin pour une consultation. Et on raconte sa vie, pour certains, je fais un peu partie de la famille", souligne la pétillante créatrice.

Ici, on établit des devis gratuits, pour que chacun sache mieux où il va, ce qu’il peut faire : quand il y a plus d’or que le bijou n’en demande, elle le rachète. Et à voir les clientes repartir les yeux brillants avec leur précieux petit paquet, on comprend qu’ici on fait bien des heureuses…

Et la montre devint collier...

Les joailliers voient souvent arriver des bijoux qui même agrandis ou raccourcis n’auraient plus de succès tels quels.

Des gourmettes, des petites montres en or qui ne fonctionnent plus, des alliances qui racontent une histoire qui n’est pas la nôtre, des bagues un peu datées, avec des brillants ; des broches avec des pierres de couleur qu’on n’accrochera plus jamais : autant de bijoux qui dorment dans des boîtes pendant des années et qui peuvent revivre là une nouvelle jeunesse.

Dans la bijouterie Pandora de Merchtem, beaucoup de personnes viennent faire souder les alliances de leurs parents ou grands-parents et y rajoutent des perles ou des brillants. Aux Bijoux de Marie-France, les alliances et les bagues de fiançailles des "anciens" donnent lieu à de nouveaux anneaux symboliques pour la jeune génération qui privilégie "souvent le côté classique". La bijoutière inventive et pleine de fantaisie ne manque pourtant pas de ressources ! Ainsi Marie-France a eu l’idée originale de récupérer la lunette en or du boîtier d’une petite montre pour en faire l’accessoire plein de grâce d’une chaîne. Elle y a ajouté de tout petits diamants brillants d’autres bijoux anciens que lui avait ramenés une fidèle cliente. Autre exemple, elle s’est servie des chaînettes d’autres accessoires pour en faire un collier. De même, elle transforme les gourmettes (de bébé ou non) en faisant fondre la petite plaque pour la transformer en une autre forme, plus actuelle. Et les camés, ces malheureux has-been de la bijouterie, la créatrice en fait son affaire. Pendentif, bracelets, bagues : elle fourmille de propositions.

© JC Guillaume

Des alliances ensemble à jamais

Il y a plus de 12 ans, Carine a perdu sa maman puis son papa. Un traumatisme douloureux pour cette jeune femme qui, à l’époque, a reçu les alliances de ses deux parents. "Je les ai mises dans une boîte que je n’ai jamais rouverte", se souvient-elle. L’an passé, une autre épreuve survient : sa belle-mère décède. "Elle portait une bague très originale que son mari lui avait offerte en cadeau et qu’elle ne quittait pas." Cette bague, qui revient à Carine, agira comme une révélation : de ces bijoux anciens, elle doit faire quelque chose. Mais quoi ? "Je ne connaissais pas du tout le prix des transformations, le prix de l’or… je ne savais pas du tout par quoi commencer." On lui conseille de se rendre au magasin Pandora de Merchtem, au nord de Bruxelles. "Je voulais faire agrandir la bague pour la porter et j’ai été surprise positivement par le prix : on a utilisé l’or de l’alliance de ma belle-mère, que j’avais reçu également, pour l’agrandissement." Mise en confiance par l’écoute du bijoutier, elle amènera les alliances de ses parents pour les souder à jamais et donner au nouvel anneau un aspect martelé. Une nouvelle bague était née. À haute valeur émotionnelle ajoutée.