Un outil pour prévenir ces agressions à destination des polices et des magistrats a été lancé mercredi.

La Secrétaire d’État à l’Égalité des chances, Elke Sleurs, et la Haute École UC Leuven Limburg ont lancé, hier, un nouvel instrument d’évaluation des risques de violence conjugale. Ce projet entre dans la ligne des actions du plan national contre les violences liées au genre, qui comprend 235 mesures, enclenché en décembre dernier par Elke Sleurs. "Lors de violences conjugales, il est souvent question d’inégalité de pouvoirs. L’auteur des actes de violence a une emprise sur la victime", explique-t-elle. Même en cas de séparation, le cycle des violences n’est pas toujours rompu. "Une séparation après des années de violences entraîne souvent une nouvelle escalade de violences, car l’autre n’accepte pas que la relation soit rompue."

Jusqu’ici, l’estimation des risques de récidive en matière de violence conjugale se faisait "de façon intuitive". La demande de la part des acteurs de terrain jouant un rôle en cas d’agression, comme les policiers, les magistrats ou les travailleurs sociaux était donc bel et bien là. "La plus value est importante, aussi bien pour la police que pour la justice", confirme Elke Sleurs. Et pour cause, les chiffres sont alarmants : 833 plaintes sont déposées en moyenne par semaine en Belgique.

C’est sans compter toutes celles qui n’en parlent pas. Pire encore : la violence au sein des couples provoque 160 décès par an.

Ce nouvel outil est composé de 13 facteurs de risque et de protection (voir le tableau ci-dessous) afin de "quantifier" les caractéristiques des deux conjoints et la dynamique du couple. Son objectif : sécuriser les victimes et prévenir les récidives.

Une première formation pour apprendre à se servir de la grille d’évaluation a déjà eu lieu hier. Pour l’instant, cet apprentissage se fait sur base volontaire. Tous les arrondissements judiciaires et les différents niveaux de police ont été mis au parfum. Si la phase pilote porte ses fruits, ce questionnaire pourrait être rendu obligatoire chaque fois qu’un procès-verbal est dressé. "L’enregistrement systématique des facteurs de risque permet de les détecter plus rapidement sur le terrain, améliorant ainsi la qualité des interventions et des procès-verbaux", conclut Elke Sleurs.

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9% de femmes mineures violées

Jusqu’à la fin des années 80, la violence conjugale était un tabou, les différents acteurs de la police et de la justice estimant que cette problématique relevait de l’intimité du couple. Ce n’est qu’en 1988 que les pouvoirs publics se sont penchés pour la première fois sur la prévention de la violence à l’égard des femmes. Pour celle dont sont victimes les hommes, il a fallu attendre 10 ans de plus.

En 2010, l’Institut pour l’Égalité des Femmes et des Hommes a réalisé, en partenariat avec les universités de Gand et de Liège, une étude. Résultats : une femme sur sept a déjà subi au moins un acte de violence de la part de son ex-conjoint. Dans la majorité des cas, les victimes étaient des femmes de violences physiques et psychologiques.

Ainsi, 41 % d’entre elles ont été victimes d‘agressions verbales, 22 % de menaces et d’intimidation, et 15 % recevaient des coups. L’étude montrait également que les femmes sont sept fois plus victimes de violences sexuelles que les hommes. 5,9 % ont été séquestrées ou mises à la porte contre 2,7 % d’hommes. Autre chiffre mis en évidence : 9 % des femmes ont été victimes de relations ou de contacts sexuels forcés avant leurs 18 ans. Le plus souvent, l’agresseur est un membre de la famille ou de l’entourage immédiat.