Faits divers

Il a été condamné à 16 ans de prison dans le cadre du "procès de l'amiante"

BRUXELLES Le baron Jean-Louis de Cartier de Marchienne, condamné lundi à 16 ans de prison en Italie dans le "procès de l'amiante", est un homme d'affaire belge fortuné, descendant d'une longue lignée aristocratique et lié à quelques-unes des plus puissantes familles d'industriels de son pays.

Agé de 90 ans, l'homme est discret. Il ne donne pas d'interview et ne s'est jamais présenté au procès de Turin (nord), où il a été rattrapé par la justice italienne pour son rôle d'actionnaire minoritaire et d'administrateur du fabricant d'amiante Eternit-Italie au début des années 1970.

Au côté du milliardaire suisse Stephan Schmidheiny, il a été jugé responsable de la mort de plusieurs milliers de personnes, anciens ouvriers ou habitants vivant à proximité de plusieurs usines d'Eternit en Italie.

Les liens entre M. de Cartier de Marchienne, né en 1921, et la "galaxie" Eternit remontent à 1950, lorsqu'il épouse Viviane Emsens, descendante d'Alphonse Emsens, un industriel belge qui a acheté en 1905 le brevet du procédé de fabrication des plaques d'amiante-ciment à l'Autrichien Ludwig Hatschek.

Alphonse Emsens, un précurseur de la mondialisation, est le fondateur d'Eternit Belgique, groupe aujourd'hui rebaptisé Etex dont les ramifications s'étendent sur plusieurs continents.

La famille Emsens, qui associe patrons d'industrie et grands propriétaires terriens, a fait fortune depuis le XIXe siècle, notamment dans le ciment et, bien sûr, dans l'amiante. Après son mariage, Jean-Louis de Cartier de Marchienne en devient l'une des figures majeures, prenant la tête de plusieurs entités du groupe.

Selon des victimes de l'amiante, les dirigeants d'Eternit/Etex ont exercé un lobbying intense pour retarder le plus possible l'interdiction de l'amiante, tout en acceptant de dédommager les victimes de cette substance cancérigène pour éviter les procès.

Selon le livre "Le Guide du Richard", cité sur le site du parti d'extrême gauche PTB, les Emsens pointaient en 2009 à la 4e place des familles les plus riches de Belgique, avec un capital estimé de près 2 milliards d'euros.

Le "clan" Emsens-Cartier de Marchienne, inconnu du grand public, est décrit comme "royaliste et catholique" et vivant dans la discrétion par le magazine économique flamand Trends, l'un des rares médias belges à en avoir dressé le portrait... en 1995.

La famille a également des liens matrimoniaux avec plusieurs autres grands industriels anoblis au XXe siècle, dont les descendants du chimiste Ernest Solvay, fondateur du groupe du même nom.

Jean-Louis de Cartier de Marchienne est lui-même originaire d'une famille aristocratique dont les ancêtres "remontent au XVe" siècle, relevait encore Trends.

Si la branche à laquelle appartient Jean-Louis est établie en Flandre néerlandophone depuis la Révolution française, d'autres sont restées en Wallonie (sud). Fernande de Cartier de Marchienne, originaire de la région de Namur, était la mère de l'écrivain Marguerite Yourcenar.

Par sa branche maternelle, Jean-Louis de Cartier de Marchienne est par ailleurs lié à des industriels du secteur de l'édition en Flandre. Il a notamment dirigé les éditions scientifiques Brepols et l'un des leaders mondiaux des cartes de jeux, Carta Mundi, en plus de ses activités à la tête d'Eternit/Etex et d'Eternit Italie.

© La Dernière Heure 2012