Le docteur Depoorter était ent e la vie et la mort, hier, après avoir subi une dizaine de coups de couteau.

Que s’est-il passé hier, dans le cabinet du Dr François Depoorter ? Si la plupart des éléments sont clairs, la question principale, celle du pourquoi, reste floue. Car l’auteur principal, H. T., 38 ans, est resté pratiquement muet lors de ses interrogatoires, devant les policiers de la zone Bruxelles-Midi puis la juge d’instruction, bredouillant des explications confuses.

Selon nos informations, il est sans antécédent de faits de violences et a séjourné à plusieurs reprises dans des établissements psychiatriques.

Déséquilibré, il est d’ailleurs sous traitement médical. Une source judiciaire décrit : "À ses yeux, il a accompli sa mission : tuer le docteur."

Le pronostic vital de la victime était largement engagé hier soir, et plusieurs sources judiciaires ont signalé leur pessimisme sur l’évolution de son état de santé.

Il est environ 8h quand H. T., patient de cet homéopathe et médecin de famille, se présente au 15 de l’avenue Wielemans-Ceuppens, à Forest. Seul sur les lieux, il a sonné puis pénétré dans cette belle demeure, qui constitue le cabinet mais aussi le logement privé du Dr Depoorter.

Muni d’un couteau, il a frappé. À de très nombreuses reprises, une dizaine, selon plusieurs sources. Le fait qu’il ait amené son propre couteau, laissé sur place, matérialise l’intention d’homicide de l’auteur. Les faits ont eu pratiquement lieu sous les yeux de la famille de la victime, qui a tenté d’intervenir pour sauver le médecin.

C’est la compagne de celui-ci qui a d’ailleurs prévenu la police. Pendant ce temps, H. T. a pris la fuite. Mais il a pu être interpellé par une patrouille, alors que les faits ont eu lieu à… seulement une dizaine de mètres d’un commissariat de police ! L’homme s’était légèrement coupé à la main. Il a d’abord été transporté à l’hôpital avant d’être entendu par les enquêteurs, vers 13h.

Une audition très courte, tant les propos de l’auteur ont été confus. "Il n’a même pas voulu expliquer ce qui s’est passé", poursuit une source judiciaire.

C’est vers 19h30 que H. T. a été présenté dans le cabinet de la juge d’instruction, qui l’a sans surprise inculpé de tentative d’assassinat et l’a placé sous mandat d’arrêt, direction la prison de Forest.

Une expertise psychiatrique va être diligentée.

Il ne fait guère de doute, selon plusieurs sources judiciaires, que l’auteur des coups de couteau soit sous peu placé en institution psychiatrique.

Contactés, les avocats de H. T., Mes Sokol Vljahen et Christine Callewaert, n’ont pas souhaité faire de commentaires.


Plus de mille agressions par an

Selon les dernières statistiques de criminalité de la police fédérale, 1.001 agressions de type "vol avec extorsion" ont été faites sur des professionnels de la santé (médecins, dentistes ou pharmaciens) en 2015. 61 infractions contre l’intégrité physique ont été constatées l’an dernier, contre 39 en 2014. 102 dégradations de bâtiments ont fait l’objet de plaintes.

Se sentant en insécurité, les médecins ont interpellé le gouvernement. "Nous avions appuyé nos confrères dans leurs démarches auprès du gouvernement quand l’un d’eux s’est fait agresser. Le dossier est toujours en cours", explique Michel de Volder, médecin généraliste et président de la FAMGB. Le cabinet de Maggie De Block, contacté, n’a pu nous indiquer où en était le dossier.

Santo Milazzo , président de l’association des médecins de famille de Saint-Nicolas, en région liégeoise, plaide pour une révision du système de garde et de visites à domicile. "Des mesures de sécurité sont proposées par le gouvernement, comme une alarme sur smartphone. Que faut-il faire en cas d’agression? Demander un temps mort et dire que la police arrive? Une aide pour sécuriser les cabinets existe aussi, mais ne protège pas. Nous militons pour la sécurité et la refonte du système de garde qui est un peu obsolète. Pour ce dernier point, il faut d’abord éduquer la population. La garde du médecin, c’est pour les urgences, pas pour une prescription nocturne de pilule contraceptive! On gagnerait en sentiment de sécurité si on n’était plus obligé de se déplacer."