Le gouffre du Berlaymont

Faits divers

K. F.

Publié le

Sa rénovation aura coûté quelque45 milliards contre les 5 initialement prévus

BRUXELLES Le Berlaymont, inamovible masse présente dans le quartier Schuman depuis 1965, se rhabille un peu plus jour après jour. Défiguré lors de son désamiantage monstre, le bâtiment a abandonné son allure squelettique. Heureux sont les riverains de constater que le Berlaymont retrouve ainsi ces imposantes façades de verre formant l'écrin dans lequel déambulaient pendant plusieurs décennies quelque 3.000 fonctionnaires de la Commission européenne.

La fin des travaux paraît donc imminente. Paraît, car, d'après les récentes évaluations, le bâtiment ne sera livré qu'en 2002. Il faut savoir que dans un premier temps, c'est en 1995 que les bureaux auraient dû être réinvestis. Reste que les travaux l'extraction de l'asbeste puis la rénovation d'ensemble n'auront débuté qu'en 1996. En tout et pour tout: 45 mois de retard avec, pour date de référence, juin 1998 tel que le prévoyait une estimation ultérieure.

Le retard pris aura bien évidemment eu des conséquences sur les coûts. Alors qu'en 1990, le Conseil des Ministres évaluait l'enveloppe globale à 4,364 milliards de francs (108.180.734,21 €), cette dernière s'élève aujourd'hui à plus de 20 milliards (495.787.049,55 €). Ce à quoi il faut ajouter 20 autres milliards qui ont été nécessaires au relogement des fonctionnaires européens.

Des fonctionnaires qui ont trouvé refuge dans les immeubles Beaulieu à Auderghem avant de revenir à leurs premières amours, le quartier européen concentré autour du célèbre rond-point.

4.500 F par Belge

Ajouté à cette première facture, trois milliards (74.368.057,43 €), soit le montant du bail emphytéotique conclu entre l'Europe et la SA Berlaymont 2000 détenu par la Régie des bâtiments et par des institutions financières privées , la société en charge de la gestion et de la rénovation du bâtiment, et, plus d'un milliard nécessaire aux études et aux paiements des honoraires, ce sont en définitive quarante-cinq milliards de nos francs qui ont donc été engloutis dans l'affaire.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'addition est salée. Et, une fois encore, c'est le Belge qui casque. L'opération a été jusqu'à présent financée à 100% par l'Etat. Un bref calcul nous amène à écrire que chaque Belge aura déboursé de sa poche 4.500 F (111,55 €). Par famille fiscale, la note se chiffre à 18.000 F (446,21 €).

Le sénateur Alain Destexhe (PRL) et son collègue VU-ID, Vincent Van Quickenborne, s'apprêtent d'ailleurs à présenter ce vendredi lors d'une conférence de presse Le livre noir du Berlaymont dans lequel ils font état de leurs interrogations.

Joint hier, Alain Destexhe évoque la possibilité de lancer un appel à la mise en place d'un audit indépendant, voire même d'une commission parlementaire qui devra faire la lumière sur les zones d'ombre disséminées dans le dossier de la rénovation du Berlaymont.

On pense notamment à la confusion d'intérêts entre le privé et le public au sein même de la SA Berlaymont 2000.

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