Selon eux, les intérêts politiques et le pouvoir des militaires mettent en doute les chances d'un tel procès suite à la décision surprenante des autorités américaines d'abandonner les charges contre le général Salvador Cienfuegos, 72 ans, et le renvoyer chez lui.

Le gouvernement mexicain, qui avait fait pression pour son retour, s'est empressé de saluer le choix de la justice américaine.

"Il n'y a pas d'impunité pour qui que ce soit et en même temps nous ne permettrons pas que des crimes soient fabriqués", a déclaré le président Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO) à des journalistes.

AMLO a nié avoir subi des pressions de la part de l'armée mexicaine pour ramener au pays le général à la retraite, surnommé ici "Le Parrain", qui avait été arrêté dans un aéroport de Los Angeles en octobre alors qu'il était en voyage avec sa famille.

Mais Lopez Obrador a également insisté sur la nécessité de préserver le "prestige" des forces armées qu'il a qualifiées d'"institution majeure de l'État mexicain".

L'inculpation de Cienfuegos, une figure clé du gouvernement de l'ex-président Enrique Pena Nieto de 2012 à 2018, pour trafic de drogue et blanchiment d'argent, a pris le Mexique au dépourvu.

Elle a immédiatement déclenché une querelle diplomatique qui, selon les experts, aurait pu compromettre la coopération entre Mexico et Washington dans la lutte contre les puissants cartels.

Francisco Rivas, directeur de l'Observatoire national des citoyens, un groupe émanant de la société civile mexicaine, estime "très peu probable" que Cienfuegos soit jugé ici.

"Au Mexique, nous ne nous distinguons pas par notre capacité à enquêter et à punir les criminels", a-t-il déclaré à l'AFP.

Lopez Obrador, qui a des liens étroits avec le président américain sortant Donald Trump, a obtenu le retour de Cienfuegos pour "préserver la satisfaction" de l'armée, a expliqué Francisco Rivas.

"Politiquement difficile" 

L'arrestation de l'officier a placé AMLO - qui avait fait campagne contre la corruption - dans une position inconfortable en raison de ses liens étroits avec l'armée.

"La libération de Cienfuegos est une victoire pour l'administration de Lopez Obrador", estime le cabinet de conseil en risque politique EMPRA dans un rapport.

"La poursuite de l'enquête et la poursuite de Cienfuegos s'avéreront cependant politiquement difficiles pour le président qui a déjà eu du mal à trouver un équilibre entre cette enquête et ses relations avec l'armée", selon le même cabinet.

En plus de la création de la Garde nationale, une force de police militarisée, le président a donné aux forces armées le contrôle des ports et des douanes et leur a attribué des projets de construction, dont le nouvel aéroport de Mexico.

Selon les procureurs fédéraux de New York, Cienfuegos a été accusé de conspirer pour produire et distribuer de la cocaïne, de l'héroïne, de la méthamphétamine et de la marijuana aux États-Unis.

Mais cette semaine, le ministère américain de la justice a demandé de manière inattendue à la juge new-yorkaise Carol Amon de libérer Cienfuegos afin que le Mexique puisse mener sa propre enquête et éventuellement le juger.

La juge Amon a accédé à cette demande mercredi, déclarant qu'elle n'avait "aucune raison de douter de la détermination des autorités mexicaines de poursuivre l'enquête et engager d'éventuelles poursuites".

Le ministre mexicain des affaires étrangères, Marcelo Ebrard, a déclaré que le général reviendrait en homme libre, saluant l'accord comme un "acte de respect" de la part des États-Unis vis-à-vis du Mexique.

Il a déclaré que les procureurs mexicains étudieraient les preuves qu'ils ont reçues de la Drug Enforcement Agency (DEA), chargée aux Etats-Unis de la lutte contre la drogue, avant de décider si Cienfuegos doit être jugé.

Javier Oliva, spécialiste des affaires militaires à l'Université nationale autonome du Mexique, estime que les accusations ont été abandonnées parce qu'il n'y a "aucune preuve" contre l'ancien ministre de la Défense.

Les procureurs américains avaient avancé que Cienfuegos avait abusé de sa position "pour aider le cartel H-2, une organisation mexicaine de trafic de drogue extrêmement violente".

Mais Oliva reste sceptique sur le fait que l'ancien ministre de la Défense ait des liens avec ce qu'il décrit comme un gang "de bas étage".