Faits divers

Un Beretta ? Un Taurus ? Ça se trouve à Bruxelles où le nombre d'armes en circulation aurait triplé en cinq ans! Les prix !

BRUXELLES La loi Onkelinx sur le contrôle des armes n'a pas eu l'effet escompté. S'approvisionner dans le milieu est devenu d'une facilité déconcertante. En cinq ans, le nombre des armes en circulation à Bruxelles aurait été multiplié par trois. Ce sont des truands qui le disent. Et le prouvent, photos à l'appui.

À Bruxelles, une arme de poing propre, n'ayant jamais servi, se vend de 500 à 2.000 € pour les meilleurs calibres. La kalachnikov vaut 2.000 à 2.500 €. Des armes lourdes (jusqu'aux lance-roquettes de base, type RPG-2) peuvent être commandées à partir de 3.000 à 3.500 €. C'est 80 à 100 € pour un gyrophare de police (d'ailleurs en vente libre); 50 € pour un brassard; de l'ordre de 200 € pour des pièces d'uniforme.

Sans donner d'adresse ni tout expliquer dans le détail, constatons que la démarche est déjà d'une extrême facilité. L'activité a toujours été proche de la prostitution. Disons que le point de départ pour qui veut s'armer illégalement à Bruxelles sont les gares du Nord et du Midi. Des caches existent. Nous en avons vu, hier, aménagées dans des dalles de béton et des faux plafonds, si astucieuses qu'il y a peu de jours, des policiers en perquisition sont passés à côté... mais ne les ont pas trouvées. Le marché s'est démocratisé. Il n'est plus comme autrefois réservé à des truands confirmés. En ville, même les arracheurs de sac s'arment. C'est ce qui inquiète.

Le Beretta 92 a le vent en poupe. Un Beretta propre se négocie à 2.000 €. En voilà un avec crosse en noyer et Pietro Beretta gravé sur le canon. Quant aux cartouches, elles sont offertes avec le sourire : "Geste commercial !", dit-on !

Une arme identique a abattu le préfet de Corse Erignac : "D'où sa réputation.... Ceux qu'on trouve à Bruxelles proviennent souvent de vols dans des gendarmeries en France et en Italie".

Pour les cartouches, c'est selon : les cartouches à têtes plates sont russes ou chinoises. De vraies saloperies "qui déchirent les chairs, laissent peu de chance" : c'est ainsi qu'on nous les présente. Sinon, préférez les balles à tête perforante. "Rien de mieux pour aller au carton".

Délai de livraison, 24 heures. Payable à la commande.

Entre 500 et 1.000 € : un 6,35 mm Taurus brésilien. "Ils arrivent en Belgique par les Colombiens. Mais c'est léger. C'est plutôt une arme de défense. Pas vraiment à conseiller pour aller au braquage".

Pour le même prix, le Rossi 38 Special (la mention figure sur le canon) est plus dissuasif et offre une meilleure prise : le Rossi est américain, vendu 500 € à Bruxelles.

Plus lourd, un 9 mm parabellum de la Fabricca d'Armi Beretta, avec chargeur de 15 munitions : 1.000 €. Encore aujourd'hui, les balles perforantes qui sortent d'une telle arme trouent la plupart des gilets pare-balles que portent nos policiers.

Aussi sur le marché, le Colt.45 chinois. "Simple et pratique : on arme, on tire. Le Colt ne s'enraye jamais". Seul défaut, le bruit. Sauf à fixer un silencieux (100 €). Mais un silencieux, c'est lourd et ça rend le tir imprécis. Beaucoup de ces armes viennent des Balkans. Les grenades (500 €), par exemple, arrivent d'ex-Yougoslavie "où elles ne coûtent rien". L'autre origine est le Maroc. Explication : actuellement les Chinois inondent le Maghreb d'armes qui leur servent à payer les trafics de drogue.

Le prix des vestes pare-balles - entre 1.000 et 1.500 € - dépend des couches de Kevlar. Les scanners ne se vendent plus depuis l'arrivée du réseau radio crypté Astrid. Mais on trouve de très bons pistolets-mitrailleurs serbes (avec chargeurs camembert à 50 coups) déjà à 3.000 €.

Les numéros de série sont limés avant la vente : ce n'était pas le cas de la plupart de celles qui nous sont montrées hier par des pointures représentant le milieu dont le but, en acceptant ce reportage, est, tenez-vous, de dénoncer un commerce en train, selon eux, de déraper comme jamais auparavant.