Une forte absence de témoins met en péril le procès du crime de l’Îlot Sacré.

Peut-on tenir un procès d’assises en l’absence de la juge qui a mené l’instruction, en l’absence de quatre inspecteurs de police dont deux sont les auteurs de rapports primordiaux, et en l’absence d’un expert psychiatre qui a examiné l’accusé ? C’est avec une certaine stupéfaction que les avocats de Tarek Ladhari, qui est accusé du meurtre du roi de l’Îlot Sacré, ont appris lundi à l’entame du procès devant la cour d’assises de Bruxelles que pas moins de six témoins de premier plan manquaient à l’appel.

La situation est plutôt inédite et explique l’étonnement et le dépit de la défense, partagés par la partie civile. Il faut en effet rappeler que la procédure en cour d’assises repose entièrement sur l’oralité des débats. Les avocats comme le ministère public ont des questions à poser aux enquêteurs et aux experts, dont les réponses détermineront la position que les jurés - qui ne connaissent pas le dossier - adopteront dans leur verdict.

Au terme de longues discussions qui ont monopolisé les débats lundi, les avocats de la défense, Me Olivier Martins et Me Caroline Poiré, ainsi que celui de la partie civile, Me Nathalie Gallant, ont déposé des conclusions pour demander le report du procès à une date ultérieure. La cour tranchera mardi matin. Alors qu’il a mis onze ans à aboutir devant la cour d’assises, le dossier du crime de l’Îlot Sacré risque donc d’être reporté…

Tarek Ladhari, un Tunisien de 64 ans, est accusé d’avoir tué Adrien-Denis Debouvrie, celui à qui il louait son restaurant dans le quartier de l’Îlot Sacré, le centre historique de Bruxelles. Debouvrie possédait à l’époque du crime, en septembre 2008, la plupart des immeubles de l’Îlot Sacré, avec les nombreux restaurants qu’ils abritaient.

L’homme de 74 ans connaissait des difficultés avec plusieurs de ses locataires dont Tarek Ladhari. Ce dernier devait au propriétaire d’importantes sommes d’argent relatives à des arriérés de loyers impayés. Le projecteur avait été un peu plus braqué sur Ladhari lorsque les analyses génétiques d’échantillons prélevés sur la scène de crime ont révélé la présence de son ADN.

Tarek Ladhari nie toute implication dans les faits depuis le début, et pour parvenir à prouver son innocence, ses avocats ne veulent faire l’économie d’aucun témoin-clé. "Nous avons des questions essentielles à poser aux témoins. Je ne veux rien galvauder pour quelqu’un qui risque trente ans de prison", a tonné lundi Me Olivier Martins.