"Le message passe mal dans les quartiers populaires. En particulier, la communauté turque est beaucoup trop réticente à se faire vacciner. Tout un travail de terrain est à faire. Nous avons réalisé un sondage dont les résultats montrent l’urgence. Il n’est pas normal que trois Belgo-Turcs sur cinq soient réfractaires à se faire vacciner contre le coronavirus."

Safa Akyol préside une association dont le siège se trouve place Colignon à Schaerbeek. Le jeune président - 28 ans - découvre les résultats de ce sondage réalisé dans la communauté. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Sur 2 187 personnes interrogées, 591 - à peine une sur quatre - ont déclaré qu’elles participeront à la campagne de vaccination. Trois sur quatre soit hésitent, soit y sont franchement opposées. Et 306 personnes hésitaient. Quand une majorité de 59 % répondaient qu’elles n’avaient pas du tout l’intention de se faire vacciner.

Le sondage a été réalisé fin février mais, depuis lors, les polémiques et en particulier celle liée au vaccin AstraZeneca n’ont certainement pas encouragé les réfractaires et les hésitants à changer d’avis, "et encore moins dans les quartiers populaires, où nous observons de la résistance", réagit le président de l’ASBL Bizz.

L’association a décidé de s’engager "pour la vaccination".

"Voyez comment Israël est en train de régler le problème", relate Murat Koyuncu. "De même le Maroc et la Turquie, où les taux de vaccination sont bien meilleurs. En Israël, ils en sont à 55 % pour les deux doses, à 11 % au Maroc et 9 % en Turquie. Le résultat, c’est qu’en Israël on commence à reprendre la vie d’avant. C’est ce que nous voulons envoyer comme appel à la communauté belgo-turque, où tout le monde est loin d’adhérer, tant chez les jeunes que parmi les seniors."

Safa Akyol relate que, dimanche, son grand-père Ahmet, 70 ans, n’avait toujours pas compris la fatwa sur la vaccination pendant le jeûne lancée par l’Exécutif des musulmans (EMB) et le Diyanet de Belgique.

Le ramadan débute aujourd’hui. "La fatwa assure catégoriquement que la vaccination ne rompt pas le jeûne. Dans l’islam, ce qui pénètre le corps de quelconque manière et est nourrissant rompt le jeûne. Il y a l’apparence de deux affirmations contradictoires que les plus âgés ont des difficultés à comprendre et admettre. Les aînés ont toujours vécu comme cela. Ce qu’il faut bien expliquer, c’est que le vaccin n’a rien de nourrissant et que, comme dans chaque religion, la survie prime. Non, l’islam n’interdit pas la vaccination pendant le ramadan."

Dans les jours prochains, Bizz, qui dispose d’une plateforme digitale BizzInfo très écoutée au sein de la communauté, fait partie des relais qui vont diffuser le message dans la population belgo-turque - 302 000 personnes en Belgique.