Il y a trente ans, il provoquait la mort de 36 bébés

PARIS Le 24 août 1972, le ministère français de la Santé publie une mise en garde contre le talc Morhange qui contient par erreur un puissant bactéricide. Le scandale bouleverse la France entière, avec la mort de 36 bébés et l'intoxication de dizaines d'autres.

Parmi les 204 victimes recensées, certaines sont toujours gravement handicapées. Le procès de 1980, après huit années de procédure et de querelles d'experts, a laissé un goût amer, les principaux inculpés voyant leur condamnation avec sursis réduite en appel, puis amnistiée.

Les premiers intoxiqués sont signalés peu après le 15 août 1972, dans l'est de la France. Très vite, on annonce la mort de treize bébés dans l'Aube et de huit autres dans les Ardennes. Au fil des jours, les nouveaux cas se multiplient. Dans l'Yonne, dans le Nord, en Vendée, en Gironde... La France entière est gagnée par une véritable psychose.

Toutes les mamans utilisaient la même poudre, le talc Morhange, pour adoucir les fesses de leur bébé. Les examens révèlent qu'à la suite d'une erreur de conditionnement, il y avait été incorporé 6,35% d'hexachlorophène, un puissant bactéricide, très dangereux à hautes doses.

L'enquête démontre que la société qui fabrique l'hexachlorophène a délibérément caché la dangerosité de son produit, que la société Morhange, propriétaire de la marque, distribuait le talc sans aucun contrôle, après l'avoir fait conditionner par une entreprise intermédiaire.

C'est dans cette société intermédiaire qu'a été, par erreur, mélangée une forte quantité d'hexachlorophène à 600 kg de talc pur. Le dangereux bactéricide est classé dès le 2 septembre 1972 au tableau C des substances vénéneuses.

La procédure judiciaire s'enlise dans les affrontements d'experts, en particulier ceux mandatés par la puissante multinationale suisse Hoffmann-Laroche, dont une filiale française, la société Givaudan-France, a inventé et produit l'hexachlorophène.

Avec le temps, les familles acceptent quelque huit millions de francs français d'indemnisation de la part de ce fabricant. Le 11 février 1980, le tribunal de Pontoise, aggravant les peines réclamées par le parquet, condamne les cinq principaux inculpés à des peines d'emprisonnement avec sursis allant de un mois pour un lampiste à vingt mois pour les plus hauts responsables.

Au terme d'un nouveau procès fleuve en appel, le 5 décembre 1980, toutes les peines se trouvent réduites à moins de douze mois et donc automatiquement amnistiées par la loi consécutive à l'élection présidentielle de 1974.

© La Dernière Heure 2002