Le scandale du vin belge

Faits divers

Gilbert Dupont

Publié le

De 30 à 50 cuves saisies en Belgique, 500.000 litres à détruire, des millions de bouteilles trafiquées...

BRUXELLES Une dépêche succincte qui n'a fait aucun bruit annonçait (DH du 17 février) plusieurs arrestations en Belgique "dans une affaire de tromperie sur la qualité du vin" . Selon nos infos, quatre personnes sont arrêtées : Willy Frederickx, patron du groupe Geens-Benelux, géant de la grande distribution de vins et spiritueux en Belgique; son prédécesseur Guillaume Berckmans; le laborant-chef de production depuis 20 ans; et un ancien directeur (libéré hier sous condition).

Si Geens-Benelux faisait l'objet d'une enquête en France depuis 2002, cette enquête s'était enlisée. Avec ces arrestations en Belgique, les Français ont trouvé chez nous toutes les preuves qui manquaient.

Et lesquelles ! Le laborant-chef de production est en aveux. Selon nos infos, on a même saisi au siège de Geens-Benelux un "livre des mélanges de vins différents" avec les bons dosages à respecter pour obtenir les meilleurs résultats; et c'est le chef de production qui a montré aux policiers comment il fallait le décrypter !

Le parquet confirme des fraudes "depuis au moins 10 ans" . Selon le chef de production : depuis toujours. Chez Geens depuis vingt ans, il est en aveux d'avoir toujours procédé ainsi, comme déjà son prédécesseur, et met nommément en cause Berckmans, qui nie.

Le dossier belge est séparé du dossier français ouvert à Bordeaux.

Chez nous, c'est un dossier d'escroquerie, de faux et tromperie sur les denrées alimentaires. En cinq ans, le principal suspect, Guillaume Berckmans, nous a juré trois fois la main sur le coeur qu'il ne trafiquait pas ses vins. Nous savons maintenant que, selon le parquet, les fraudes ont continué après 2002 et n'ont cessé qu'en novembre 2006.

Makro retire

Répercussions. Makro retire les vins de Geens-Benelux et étudie la possibilité d'une plainte en justice.

Mais surtout : désormais, la justice veut interroger le grand patron - bien qu'officiellement pensionné depuis 2001 - Roger Geens, résident monégasque depuis 1993. Persuadé d'être hors d'atteinte, Monsieur Roger s'était offert le luxe de ne pas se déplacer à Bordeaux le 9 décembre 2003 lorsque le juge Alain Gaudino l'avait convoqué. Depuis 15 jours, Geens qui a 70 ans et est de retour en Belgique doit à son seul état de santé de n'avoir pas encore été interrogé par la police fédérale. Pour autant, celle-ci a saisi chez Geens-Benelux de 30 à 50 cuves de 10.000 à 90.000 litres chacune ainsi que tout le vin embouteillé en Belgique, de l'ordre de 500.000 litres.

Hier, la nouvelle direction confirme que tout ce vin qui était destiné à la vente sera détruit. Mais les cidres et spiritueux distribués par Geens-Benelux ne sont pas concernés. Sur la santé, des échantillons ont été prélevés par l'Afsca mais la justice n'est pas informée, à ce stade, d'un quelconque risque. Mais depuis ces arrestations de dirigeants, les éléments sont suffisants pour faire craindre des manipulations.

Les Belges ont trouvé ici ce que les Français n'avaient pas trouvé à Bordeaux, notamment des installations de laboratoire et des stocks complets d'arômes chimiques (comme du vieux, un additif vieillissant artificiellement le vin jeune). L'enquête porte aussi sur du trafic de vins de région avec des ajouts d'additifs spécifiques (fleurs d'oranger, clous de girofle,...) pour modifier le goût et transformer, par exemple, un bordeaux en médoc, le but étant de contourner les limitations de quotas.

En clair, ces arrestations inclinent à penser que le consommateur belge a été floué à très grande échelle, pendant peut-être 20 ans, sur de 3 à 5 millions de bouteilles vendues en grandes surfaces sous des appellations d'invention : on a saisi, mais en France, des étiquettes de châteaux inexistants.

Le Groupe Geens existe depuis 1937. Il y a 27 ans, le 8 mars 1975 déjà, il était condamné à Bruxelles pour avoir vendu de la piquette pour du chianti et du valpolicella !

Ajoutez au scandale le suicide par empoisonnement, dans le bureau de Roger Geens en Belgique, d'un employé maître de chai, Christian Bianchi, licencié après sept ans de bons et loyaux services parce qu'il ne supportait plus les agissements anormaux qu'on lui imposait.



© La Dernière Heure 2007

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