En pleurs, Paul Marchal a crié sa tristesse, sa colère et sa haine

ARLON Cela restera l'un des moments forts, durs et émouvants de ce long procès d'Arlon. Lundi matin, Paul Marchal, le papa d'An, a saisi la dernière occasion qui lui était donnée de parler. Après son avocat Me Quirynen, il s'est adressé durant 50 minutes aux avocats, aux accusés, aux jurés surtout. «J'ai été ici tous les jours. Je peux parler une demi-heure», dit-il d'entrée, s'appuyant sur un texte, parce qu'il ne parle pas bien le français, précise-t-il.

La DH a choisi de publier ce texte, pour retranscrire exactement toute la colère, la tristesse et parfois aussi la haine d'un homme qui se dit aujourd'hui plus fort après l'épreuve du procès. Les spectateurs présents à la sortie du palais de Justice ont applaudi Paul Marchal, entouré de sa famille, très ému. L'avocat de Marc Dutroux (lire plus loin) a lui aussi été touché par ses mots, appelant désormais le jury à trancher.

Paul Marchal a d'abord regretté amèrement que les avocats de la famille Lambrecks donnent l'absolution à Michel Nihoul: «Cela bat tous les records». Le papa d'An ne comprend pas pourquoi la famille Lambrecks attaque l'Etat belge mais félicite à l'audience les magistrats et les enquêteurs, sauf M. Bourlet. Dans la foulée, Paul Marchal rend hommage au procureur de Neufchâteau: «Merci M. Bourlet. Merci pour votre entêtement, pour ne pas vous êtes arrêté après avoir découvert Sabine et Laetitia».

Le papa d'An raconte qu'il a assisté à ce procès pour rechercher la vérité et pour «donner un sens à la mort de mon enfant».

Paul Marchal s'en est pris durement aux quatre accusés, expliquant comment, en imagination, il ne pouvait contenir sa haine: «J'ai déjà eu l'idée de demander aux policiers de quitter l'aquarium des accusés et de le fermer, et de le laisser lentement se remplir d'eau avec les quatre à l'intérieur. Mais même ainsi ils ne ressentiraient pas ce qu'on ressenti nos enfants».

Il reproche à Dutroux son caractère manipulateur qui a trompé même ses avocats. A Me Magnée, il réplique que seul Marc Dutroux a les réponses aux 99 questions que le bâtonnier a posé à la cour. Il se dit déçu qu'aucun défenseur de Dutroux n'ait réussi à percer cette carapace: «Dutroux reste un sphynx inaccessible, rempli d'atroces vérités».

Paul Marchal n'a aucun pardon pour Michelle Martin. «Sur Terre, vous ne trouverez aucune femme, aucune mère pour comprendre ce qu'elle a fait ou laissé faire». ! Michel Lelièvre? «Un petit psychopathe qui va encore grandir». Et de mettre en garde contre une libération trop précoce: «Même s'il prend 30 ans, il peut être libre dans 2 ans. S'il prend moins, cela peut être demain».

Nihoul? «Quand on ment, c'est que l'on cache des choses», dit Paul Marchal, qui déplore aussi que des journalistes défendent Nihoul, contre qui aucune preuve ne pèserait. Le papa d'An regrette notamment que des journalistes aient assisté à un barbecue chez les avocats de Nihoul, fin mai à Arlon. Précisons ici que ce n'est pas parce que des collègues ont mangé une brochette avec Me Clément de Cléty qu'ils en ont perdu instantanément leur objectivité! La DH, en tout cas, ne se sent pas visée par ces remarques. Toujours à propos de Nihoul, Paul Marchal a lu une lettre d'une voisine de l'accusé à Zeebrugge. Une voisine qui dit que Nihoul se promène sans béquilles sur la digue, s'assied à des terrasses parmi les gens, et est loin de l'image qu'il donne aux assises, canne à la main.

Paul Marchal a appelé les jurés à rendre un verdict juste et sévère. Il a remercié ses proches, sa femme Betty en particulier. «Nous voulions tellement des enfants. Nous étions au septième ciel lorsque Betty était enceinte d'An, notre aînée», dit-il avant de pleurer. Et de conclure qu'An leur murmure aujourd'hui à l'oreille de demander aux jurés de «ne pas être tendre avec ces quatre-là».

© La Dernière Heure 2004