Muriel Gerkens, députée fédérale Écolo et présidente de la commission Santé, espère que le gouvernement sera sensible à cet avis.

Légaliser les salles de consommation d’héroïne dans un premier temps et reconnaître le traitement assisté par diacétylmorphine (héroïne) ensuite… qui a eu cette idée folle ? L’expérience qui pourrait sembler inappropriée n’a pourtant rien de novateur puisqu’elle est pratiquée chaque jour aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suisse, en Angleterre ou encore au Danemark (c’est prévu en France dès 2016); elle fut par ailleurs testée durant deux ans au sein du projet pilote liégeois Tadam… un projet qui s’est toutefois soldé par un échec, mais un échec pratique, faute de budget, disent les observateurs.

"Les patients ont clairement montré un plus grand bien-être physique, né notamment du fait que la drogue n’était pas coupée", souligne Caroline Saal, conseillère Écolo à Liège, "et né du fait qu’ils n’étaient pas dans la recherche permanente d’argent".

Pour rappel, l’expérience menée à Liège en 2011 et 2012 fut stoppée net, faute de budget, ce qui avait précipité les patients vers une rechute inévitable. Un échec pratique donc, pas scientifique, avait aussi retenu l’équipe de chercheurs de l’ULg, chargée de remettre son rapport final. "À Liège, on a un outil, on a des résultats… on a juste besoin d’une loi", insiste encore la conseillère.

Aujourd’hui, une proposition de loi est en maturation et les écolos liégeois (dont Muriel Gerkens, députée fédérale et présidente de la commission Santé à la Chambre) reviennent en force… avec un argument de poids : l’avis des experts. Pas ceux de l’ULg mais bien ceux consultés "suite à la demande formulée par la commission Justice à la commission Santé". On y retrouve notamment l’Institut national de santé publique du Québec, plusieurs études de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies mais aussi ce chef du service stupéfiant à la police de Charleroi ou ce professeur en criminologie à l’université de Gand.

"Tous ces avis et études convergent autour de l’utilité et du bienfait du traitement à la diacétylmorphine, ainsi que des salles de consommation", se réjouissent les Verts. Tous sauf un, celui d’un anesthésiste urgentiste d’Anvers, par ailleurs élu N-VA. On retiendra ici qu’une proposition de loi a la vie dure puisque c’est devant un gouvernement au sein duquel la N-VA a son mot à dire que le projet devra être défendu… Si la commission s’entend sur ces aspects, le projet de loi pourrait pourtant être débattu en séance plénière début 2016.