Dans sa missive à Elio Di Rupo, Ségolène Royal encourage notre Premier à prendre des mesures "donnant force de loi à l’interdiction du bizutage". Mais au-delà de l’ingérence de Mme Royal dans les affaires de l’État, un énorme amalgame a été fait entre le "bizutage" en France et le "baptême" estudiantin en Belgique.

Contrairement au bizutage en France, en aucun cas le baptême n’est associé à une quelconque forme de contrainte ou d’obligation. L’étudiant majeur est libre de faire son choix en participant à sa bleusaille, après les cours. Certes, le caractère hermétique de ce rite initiatique dérange et comporte son lot de mystères pour les personnes non initiées. Et la guindaille, associée à ce côté beuverie organisée, fait jaser.

Mais faut-il rappeler que, pour éviter tout dérapage notamment lié à l’abus d’alcool, des chartes, sur base d’une profonde réflexion, sont mises en place entre les différentes autorités académiques des universités du pays et les comités de baptême pour veiller à ne pas dépasser certaines limites et inciter chaque guindailleur à être suffisamment responsable ?

Rappelons aussi que la guindaille n’est pas un tract mais un pamphlet et reste un instrument qui permet de tourner n’importe quelle forme d’autorité en dérision ? Alors, de fait, un accident peut arriver et une remise en question est toujours légitime, car les traditions sont aussi faites pour évoluer avec leur temps.

Légiférer contre le baptême augmenterait le risque de voir se multiplier le nombre d’accidents lors de bleusailles, promises à la clandestinité et dès lors hors de contrôle des différentes structures universitaires.

Une opinion de Nicolas Franchomme


Est-il nécessaire de remettre en question le baptême estudiantin et le folklore en Belgique ? Vos avis...

Julien Beugnies (30 ans, baptisé) : "Les structures sont là. Mais dire qu’il n’y a pas de problème, ce n’est pas vrai. Il faut rester objectif, ouvert au dialogue, responsable et ne pas occulter le débat avec les autorités académiques comme on peut déjà le faire. À l’ULB, il y a l’ACE qui est une structure qui encadre tous les cercles. Les présidents de baptême sont là pour rappeler certaines personnes à l’ordre. Le tout est de définir les limites et définir un cadre avec des garde-fous pour éviter les débordements.”

Iban Duhour (26 ans, non baptisé) : "Quand je suis arrivé de France à Bruxelles, j’étais curieux de savoir ce qu’était le baptême. Je l’ai commencé mais je n’ai pas trop aimé. Mais je respecte tout à fait les gens qui aiment bien le baptême. Ce qui est important, c’est la notion de choix et de liberté. En Belgique, contrairement à la France auparavant, il n’y a aucune obligation ou contrainte de faire son baptême. C’est quelque chose de facultatif et, d’ailleurs, il y a plus d’étudiants non baptisés que baptisés, mais cela n’a jamais posé de problème.”

Nicolas Julémont (31 ans, non baptisé) : "Je ne suis pas pour l’interdiction du baptême mais je rejette cette forme d’autorité inutile. Je trouve les baptêmes assez gamin. Cela permet de rentrer dans un groupe et de bénéficier de certains avantages. Même s’il ne faut pas généraliser, ce que j’en comprends est que c’est censé impliquer une soumission d’un individu à une forme d’autorité. C’est une pratique initiatique certes, mais de là à dire qu’il y a un message masqué derrière une morale, j’ai des doutes. Dans les milieux universitaires, on est censé avoir son propre esprit critique.”

Martin V. (28 ans, baptisé) : "En tant qu’ancien baptisé, ce que je reproche au folklore, c’est d’être tellement fermé sur lui-même, de s’être tellement fermé aux autres qu’à chaque fois qu’on le critique et qu’on émet des réserves, c’est une levée de boucliers, une espèce de défense tribale et corporatiste sans générer de remise en question nécessaire, à savoir quel est le sens des baptêmes aujourd’hui. Il serait temps de remettre un peu de sens là-dedans avec un peu d’humour et de concept plutôt que l’humiliation pure maquillée derrière des symboles.”