Faits divers L’homme le plus recherché a pris définitivement congé de son chauffeur.

"Arrête-toi et attends cinq minutes (avant de redémarrer), jusqu’à ce que je sois parti. Tu ne me reverras plus." Ce sont les derniers mots de Salah Abdeslam selon la dernière personne connue à l’avoir vu vivant, celui qui, le samedi midi, est allé chercher Salah à Laeken et l’a déposé à Schaerbeek.

Ali Oulkadi a 31 ans. Il est marié, père de deux enfants et n’a pas de passé judiciaire. C’est Hamza Attou qui l’appelle sur son GSM. Attou est l’un des deux qui ont ramené Salah Abdeslam de Paris. Il est 12 h 18. Attou lui demande de venir à Bockstael (Laeken). En Belgique, les médias belges savent qu’on a trouvé près du Bataclan la voiture d’un habitant de Molenbeek. Le nom des Abdeslam n’est pas cité.

Oulkadi retrouve à Bockstael Salah qui porte un bonnet et lui demande de le déposer à Schaerbeek. C’est un trajet de 3 km, qui se parcourt en 11 minutes. Pour contredire des informations publiées depuis dix jours, Oulkadi ne croit pas que Salah porte une ceinture d’explosif.

Ali Oulkadi ne peut pas dire où ils se sont arrêtés à Laeken. Il dit n’avoir pas retenu le nom de l’établissement. C’est là qu’il a voulu prendre des nouvelles de Brahim et que Salah lui a dit que son frère est mort et a tué des gens.

Oulkadi fait alors seulement le lien avec les attentats. Salah, dit-il, veut surtout connaître le nombre des victimes à Paris. Il ne lui parle à aucun moment de son rôle dans les attentats. Salah trahit cependant une certaine émotion. "Il était pâle. Marqué."

Puis ils repartent, direction rue des Palais, place Liedts, enfin rue Royale Sainte-Marie où Salah le fait stopper et lui demande d’attendre 5 minutes (ce qu’il fera) et conclut qu’il "ne le reverra jamais".

Salah descend. Oulkadi ne le voit entrer nulle part. Enfin il le perd de vue.

Et là s’arrête la trace de l’homme le plus recherché : près du dépôt Stib de la chaussée de Haecht à Schaerbeek.

Ce week-end, nos confrères du Parisien annonçaient que le gérant d’une société de pyrotechnique du Val d’Oise s’est rappelé avoir vendu une dizaine de détonateurs électriques à un client belge qu’il identifie avec certitude sur photo comme étant Salah Abdeslam.

Abdeslam lui a d’ailleurs remis son permis de conduire que le gérant a photocopié. Sa société se trouve à Saint-Ouen- l’Aumône, à 35 km au nord de Paris.

Le comportement de ce client, qui insistait tellement sur la fiabilité du matériel, l’avait intrigué. Mais à l’époque - septembre ou octobre - les frères Abdeslam n’étaient pas signalés à rechercher.

Les détonateurs ont pu servir à fabriquer les ceintures d’explosifs. La date montre que les attentats se préparaient déjà. Elle est compatible avec celle du 30 septembre qu’on connaissait déjà, celle du jour où Salah et Brahim ont cédé leurs parts et cessé leurs activités dans leur petite société de la rue des Béguines à Molenbeek. Déjà fin septembre…

Gilbert Dupont