Les dossiers noirs du Dr B.

Faits divers

Gilbert Dupont

Publié le

Les dossiers noirs du Dr B.
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L'hôpital de Jolimont examine tous les cas traités par le chirurgien parti en Suisse

BRUXELLES Nous pouvions croire l'affaire du Dr B. classée. Il n'en est rien. On pouvait espérer que pour le neurochirurgien pratiquant aujourd'hui en Suisse après avoir fait ses armes à l'hôpital de Jolimont, la série noire s'arrêterait à un bébé plongé dans le coma, à une patiente criant à la perte de l'acuité visuelle après une intervention aux vertèbres cervicales et à un patient opéré pour hernie discale et à moitié paralysé: il n'en est rien. Le Dr B. pourrait devoir répondre de trois cas supplémentaires.

A l'hôpital de Jolimont, rien n'est réglé. L'Asbl Erreurs médicales découvre qu'un seul des trois dossiers médicaux qui lui ont été remis, lundi passé, est complet. C'est celui du petit Manuel Monachino.

Les parents, qui l'ont lu, retirent les accusations qu'ils avaient portées contre le Dr B. A leurs yeux, le neurochirurgien n'a probablement pas commis d'erreurs. Les parents n'en disent pas autant du suivi médical de leur enfant à l'hôpital de Jolimont, du temps perdu à combatre l'infection à coup de cortisone et à l'autorisation donnée après un mois de le laisser sortir dans cet état avant de le faire hospitaliser à Saint-Luc (Woluwe), trop tard sans doute pour éviter des séquelles cérébrales irréversibles.

En parcourant le dossier, l'hôpital de Jolimont a parlé d' `inhumanité`, qu' `on était désolé´, que si l' `on pouvait réparer, on le ferait´. Des mots, dit le papa. `Tout ce que j'ai reçu de Jolimont, c'est une facture de 26.000 F à payer.´ Qu'il ne règlera sûrement pas dès lors qu'il a trouvé dans le dossier médical le mot d'une pédiatre écrivant qu'il était inadmissible d'avoir laissé le bébé dans cet état...

Deux autres patients David Hainaut, 28 ans, pour hernie discale, et Kati Hammer, 36 ans, pour problèmes cervicaux imaginaient que leurs dossiers leur seraient remis.

Le premier, effectivement, a reçu un dossier complet pour la période avant et après l'intervention du Dr B., mais vide en ce qui concerne l'opération-même. `On ne sait pas si les pièces ont été retirées ou si le Dr B. a opéré sans laisser de traces écrites.´

Autre cas, Kati Hammer, 36 ans: `Quand le Dr B m'a opérée, en mars 1999, il n'était pas neurochirurgien. Et ça, personne ne me l'avait dit. Je ne l'ai appris qu'en le lisant la semaine passée dans votre journal. D'autres médecins me disent qu'il a opéré sans nécessité. Ce qui est certain, c'est qu'il m'a placé une arthrodèse cervicale avec greffon de corail sans m'en avoir jamais parlé avant l'intervention, sans donc me demander si j'étais d'accord. Mon dossier médical m'a été remis mais les pièces essentielles manquent. Ça me dérange. Mais ce qui me dérange encore plus, c'est que mon dossier ne me soit pas parvenu par l'hôpital de Jolimont mais via un cabinet d'avocats. J'aimerais savoir ce que mon dossier médical faisait chez un avocat. Les pièces importantes manquent. Qu'est-ce que c'est que cette histoire? La direction de l'hôpital de Jolimont a utilisé plusieurs fois le mot: inadmissible...´

Et pas seulement: par recommandé, la direction de l'hôpital met à présent le Dr B. à Lugano en demeure de lui faire parvenir les dossiers ou morceaux de dossiers médicaux introuvables. Et menace ni plus ni moins le médecin, en cas de refus, d'en informer la justice...

Enfants de 6 ans dans le coma

Encore et toujours le même Dr B., qui n'était pas encore neurochirurgien

JOLIMONT Et de six! `Pour l'instant, dit le papa, j'attends d'avoir accès au dossier médical pour éventuellement déposer plainte au pénal contre le Dr B. La difficulté, c'est de l'obtenir. Entre-temps, mon fils a été pris en main à l'hôpital Erasme à qui l'Ordre des médecins a interdit de me laisser prendre connaissance du dossier de mon fils´.

Costa, aujourd'hui, a 7 ans. En juin 1999, l'enfant, auquel un drain doit être placé, se retrouve, aux cliniques universitaires Saint-Luc, dans le service de neurochirurgie où pratique le Dr B.

Les parents sont reçus par le chef de service. Ils expriment le souhait que ce soit lui qui opère l'enfant. `Faute d'avoir accès au dossier, nous ignorons ce qui s'est passé pendant l'opération sauf que notre fils a dû être réopéré dans les heures qui ont suivi et que Costa a passé quatre jours dans le coma.Mais nous avons appris après coup que, contrairement à ce qui nous semblait parfaitement convenu, ce n'est pas le chef de service mais le Dr B. qui a pratiqué l'opération´

A l'époque juin 1999 le Dr B., 30 ans, n'est pas neurochirurgien. Il n'est encore qu'en dernière année. Il ne devient neurochirurgien qu'en mars 2000. `Lors de l'interview que vous avez faite du Dr B. à Lugano, ilvous a prétendu qu'il n'avait jamais pratiqué d'opération lourde à l'époque où il était encore assistant: il a opéré cinq fois mon fils au cerveau.´

Aujourd'hui, Costa est tiré d'affaire. Mais son fils a conservé des séquelles.

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