Faits divers Quinze et douze ans de prison requis contre les frères Akzinnay.

L’aîné est âgé de 28 ans, le cadet fête ses 25 ans aujourd’hui même. Ils ont donné leur nom à ce dossier, dont le grand absent est Khalid Zerkani, l’homme qui a radicalisé deux des membres du commando du 13 novembre.

Hier, les avocats de Mohamed et Othman Akzinnay plaidaient pour leur défense et se sont faits particulièrement agressifs vis-à-vis du parquet fédéral. La magistrate Paule Somers a en effet requis des peines de 15 et 12 ans à leur encontre.

Tous deux ont aidé la première génération de djihadistes belges en Syrie, depuis Bruxelles. C’est reconnu et démontré par le dossier.

L’axe de leur défense : éviter la prévention de dirigeant d’organisation terroriste au profit de ce celle de simple membre. La nuance est de taille : un dirigeant peut être puni jusqu’à 15 ans de prison, Le membre ne peut être condamné qu’à un maximum de 5 ans.

Othman, le cadet, est décrit par son avocat, Me Dimitri de Beco, comme le rigolo de service. "Un gamin fan de la série South Park ". Méticuleux, le pénaliste a déconstruit le dossier. Selon lui, il ne reste que les courses faites chez Décathlon, cette chaîne de magasins prisées des aspirants djihadistes. Me de Beco a ainsi isolé une discussion longue de 30 minutes entre Akzinnay et un candidat au départ sur le type de sac de couchage à acheter. "Et lors d’une écoute, quelques mois plus tard, on apprend qu’Ishak G. révèle à mon client que tout ce qu’ils avaient acheté n’avait servi à rien vu qu’ils vivaient dans des villas de luxe. Othman Akzinnay, un chef, un dirigeant ? Ça n’a pas de sens. Il n’est pas un prédicateur."

Le jeune homme a été libéré en 2014 après 7 mois de détention. "Au moment des faits, il avait 21 ans. Ce n’est pas un braqueur, un auteur de home-jackings. Avec ses copains, ils se sont trompés. Il se rend compte que le Coran propose trop d’interprétations possibles pour en établir une loi. Il a cru que sa cause était noble." Aujourd’hui, il veut faire un doctorat en interprétation et présente des notes excellentes. "Sa place est dans la société", scande son avocat.

Place au grand frère, Mohamed. Le ton de l’un de ses conseils, Me Sébastien Courtoy, se fait vindicatif, décrivant un "dossier incroyable dans lequel il y a plus de dirigeants que de membres. Il y a 52 cartons, deux ans d’enquête, une centaine de perquisitions, des milliers d’heures d’écoutes téléphoniques et rien dans ce dossier qui montre que mon client soit un dirigeant. Et on veut le mettre en prison jusqu’en 2030 ? Ne prononcez pas ces peines totalement folles. Réfléchissez à l’absurdité de ce réquisitoire", souffle le pénaliste.

Mohamed Akzinnay est en aveux d’avoir conduit des jeunes à l’aéroport. Mais l’organisation de week-end de "team-building" pour djihadistes, le soutien à une librairie salafiste, les contacts avec Khalid Zerkani, il nie tout, et pointe le manque de preuves matérielles.

S’il est un point de procédure que ce procès met en avant, c’est bel et bien la notion de "dirigeant d’organisation terroriste". Elle est bien difficile à démontrer. Et elle change tout quand des jeunes hommes qui ont véhiculé des gamins et acheté des sacs de couchage, à une époque - 2012 et 2013 - où les départs en Syrie n’étaient alors pas si mal vus, risquent de ne plus voir la lumière du jour pendant plus de dix ans, alors que leur casier judiciaire est vierge. Dur métier que celui de juge.


L’imam d’Evere demande l’acquittement

L’avocate de Mohamed Benajiba, Me Nathalie Gallant, a plaidé l’acquittement de son client. L’ancien imam de la mosquée Ettaouba d’Evere, actuellement en poste à Anderlecht, fait face à des préventions de dirigeant d’organisation terroriste et à des réquisitions de 12 ans de prison.

L’homme est soupçonné d’avoir radicalisé des jeunes et d’avoir apporté son concours à une filière d’envoi de jeunes vers la Syrie, une première en Belgique. D’autant plus fort que l’homme a bonne réputation - il est surnommé l’imam à la voix d’or - et a été vu dans un colloque en compagnie des ministres de l’Intérieur et de la Justice, Jan Jambon et Koen Geens, alors qu’il était déjà inculpé.

Me Gallant a plaidé l’incapacité du parquet fédéral à produire le moindre texte ou enregistrement de prêche radical. La pénaliste a surtout donné une explication sur la question la plus étonnante posée par l’instruction : pourquoi Benajiba demandait-il à Akzinnay de faire des retraits sur son compte ? Pour le parquet fédéral, c’était pour financer le djihad.

Pour la défense , l’imam avait fait un prêt de 10.000€ à un boulanger, remboursable chaque mois par virement automatique. Et il aurait demandé ces retraits d’argent afin que le virement automatique soit bloqué. "Quand on emprunte de l’argent, on rembourse. C’est mal d’organiser son insolvabilité. Mais ce n’est pas ça, financer le djihad ", a lancé Me Gallant, qui a demandé "l’acquittement pur et simple" de son client.