Le fils aîné de l'ancien président de la République française et Paul-Loup Sulitzer entendus par les juges

PARIS La hache de guerre est définitivement déterrée entre la magistrature et le monde politique français. Pas une semaine ne passe sans qu'une nouvelle affaire surgisse dans l'Hexagone mettant en cause l'un ou l'autre ponte politique ou l'une ou l'autre personnalité proche de ces milieux. Au début du mois de décembre, une série de perquisitions, lancées par les juges d'instructions Isabelle Prevost-Desprez et Philippe Courroye, étaient menées notamment chez Jean- Christophe Mitterrand, le fils aîné de l'ancien président socialiste français, et le businessman et écrivain Paul-Loup Sulitzer.

Les noms des deux hommes étaient apparus sur des disquettes retrouvées au siège de la firme Brenco. Une société spécialisée dans le commerce des armes dirigée par un certain Pierre Falcone mis récemment en examen pour `commerce illicite d'armes, trafic d'influence aggravé, abus de biens sociaux, abus de confiance et fraude fiscale´. Jean-Christophe Mitterrand, lobbyiste, ancien Monsieur Afrique de son père, et Paul-Loup Sulitzer avaient déjà été entendus par la brigade financière dans ce dossier. Les deux hommes avaient reconnu avoir perçu de l'argent de Pierre Falcone mais sans accepter d'être mêlés à des opérations frauduleuses. Convoqués dans les locaux de la police financière du XIIIe arrondissement de Paris, ils hommes se sont présentés spontanément jeudi devant les juges qui les ont placés en garde à vue.

Selon l'un de ses avocats, Me Jean-Pierre Versini-Campinchi, Jean-Christophe Mitterrand, a été mis en examen jeudi et écroué pour `trafic d'influence, complicité de trafic d'armes et recel d'abus de biens sociaux´ . L'avocat allait faire appel dès vendredi matin du placement en détention de son client.

Toute l'enquête des juges Isabelle Prevost-Desprez et Philippe Courroye est centrée sur des ventes d'armes illicites en Angola au début des années 90. Au centre de ce commerce, Pierre Falcone et son entreprise Brenco, mais aussi un autre individu activement recherché aux quatre coins du monde: l'homme d'affaires russe Arcadi Gaydamak. Depuis la fin des années 80, cet homme est devenu un des principaux pourvoyeurs d'armes en provenance de l'ex-Union soviétique. Depuis l'explosion de l'URSS, les 15 républiques qui constituaient la Fédération soviétique, ou du moins certains potentats locaux, ont bradé à tour de bras l'armement abandonné par l'Armée rouge.

Gaydamak apparaît dans le rôle du fournisseur de matière première mais aussi comme l'homme insaisissable de la pièce, disposant d'au moins quatre nationalités: israélienne, canadienne, française et angolaise. Falcone, dans celui du vendeur. Mais pour que le marché s'établisse, il fallait encore qu'il y ait un acheteur au bout de la chaîne. Et c'est sous la casquette d'entremetteurs qu'apparaissent Paul-Loup Sulitzer et Jean-Christophe Mitterrand.

Dans le dossier incriminé, les armes auraient pris la direction de l'Angola. Les trafics d'armes porteraient notamment sur un contrat d'armement russe, d'un montant de 47 millions de dollars, conclu entre Brenco et l'Angola en 1993 et un autre de 463 millions de dollars, pour la fourniture d'hélicoptères et de chasseurs Mig, conclu en février 1994, rapporte l'édition du journal Le Monde datée de vendredi.