Tragique bilan de la catastrophe: 241 morts, dont 36 Belges

SANS CARLOS DE LA RAPITA 11 juillet 1978. 14 h 29. Une chaleur torride accable le camping de Los Alfaques, situé dans la bourgade de San Carlos de la Rapita, à mi-chemin entre Barcelone et Alicante. La plupart des six ou sept cents touristes - espagnols, allemands, français, hollandais, belges... - se prélassent sous leur tente, dans leur caravane, sirotent un pousse-café, jouent au ballon avec les enfants, déambulent au bord de l'eau.14 h 30. Un camion Pegaso, immatriculé M-7034-C, appartenant à la société de transports Cisternas Reunidas, tangue sur la route nationale qui relie San Carlos et Alicante. Sa citerne regorge de 43 mètres cubes de propylène liquide, hautement inflammable.14 h 31. Le drame. Le poids lourd, pour une raison inconnue, quitte soudainement la route, dévale la pente, et fonce droit vers le camping. Une étincelle. L'explosion. Une véritable boule de feu va anéantir les tentes, les caravanes, les voitures... et les malheureux qui se trouvent sur son chemin. En une fraction de seconde, la température a atteint les 2.000 degrés. Bilan: 241 tués - parmi lesquels 36 Belges -, et des centaines de blessés.14 h 35. Les cris, la confusion et la panique qui ont suivi l'embrasement cèdent la place au silence. Un silence de mort. Les témoins raconteront que des victimes, atrocement brûlées, déambulaient comme des zombies, sans émettre un cri. Comme ce Belge, sorti d'un mur de flammes avant de s'effondrer et que ses frères ne reconnaîtront qu'à des détails de sa dentition. Des corps carbonisés, les membres recroquevillés, gisent dans un paysage de désolation. Des hommes, des femmes, des enfants.

Les miraculés partent à la recherche de leurs proches, viennent en aide aux blessés, pleurent la tragédie. Les secours s'organisent. Les hôpitaux se mobilisent. Il faut prévenir les familles, en Espagne et à l'étranger. Pour les rassurer. Ou leur annoncer l'effroyable. Les interrogations surgissent. Il y a la fatalité. Mais surtout l'absence de réglementation en matière de transport de produits dangereux. Les autorités retiendront cette leçon apocalyptique.

Un an plus tard, Los Alfaques avait rouvert ses portes. Des rescapés y sont retournés, pour saluer les disparus, pour exorciser leurs peurs, leurs cauchemars. Sur la porte d'un bungalow sont gravées 241 étoiles. Deux mots les accompagnent: In Memoriam. En leur mémoire.

© La Dernière Heure 2003