Faits divers

La mannequin perdue à Bruxelles était avec un chauffeur de taxi. Celui-ci se cache. Nous l'avons retrouvé

BRUXELLES La mannequin autrichienne d'origine somalienne de 42 ans, perdue pendant trois jours à Bruxelles, Waris Dirie, a passé une nuit, en effet nue, dans le lit d'un chauffeur de taxi bruxellois. Le taximan, dont la police souhaite obtenir le témoignage, et que nous avons retrouvé, refuse de parler à des policiers.

Selon lui, Waris Dirie n'a subi aucun abus sexuel ni tentative. Elle n'a été ni kidnappée, ni séquestrée, ni ligotée. Tout s'est passé à sa demande et sur son insistance. Elle était en permanence entièrement libre de ses mouvements. Le taximan, ayant voulu la déposer dans un hôtel, a choisi le moins cher en ville.

Waris, qui n'avait ni passeport ni moyen de paiement, et ne voulait pas descendre, a usé d'arguments pour l'amener à la conduire chez lui.

Waris était ivre. Dès sa prise en charge, elle a eu un comportement aguichant. Le taximan reconnaît ce week-end que, dans un premier temps, il a pensé "s'amuser avec elle", mais l'envie "est passée". Il l'a conduite hors de Bruxelles. Avec le recul, au vu des circonstances - femme esseulée à 2 h du matin dans un quartier de prostitution tenu par des travelos -, Waris Dirie doit se féliciter d'avoir eu de la chance.

Le taximan n'a jamais connu son identité. Il n'a appris qu'elle avait été recherchée que 4 jours après qu'elle a été retrouvée. Enfin, nous pensons que c'est pour des motifs liés à son passé avec la justice que le taximan ne souhaite pas être entendu par la police, motif pour lequel il se confie ici.

Quartier de prostitution

Alors ? "Il devait être 2 h du matin, peut-être 3. Venant du boulevard Albert II, j'entrais dans le boulevard Jacqmain, près des anciens locaux de La Dernière Heure - Les Sports , quand cette femme m'a hélé de la main, après la rue des Commerçants. Elle était seule. J'étais libre. Je l'ai chargée. Elle n'a pas ouvert la portière arrière mais s'est assise à l'avant, à côté de moi, et, très vite, s'est collée et frottée à moi. Rue des Commerçants, se trouvaient des prostituées. Franchement, vu son état, j'ai pensé que j'avais affaire à une Africaine du Petit Château. Je dois vous dire que cela fait trois mois que je n'ai plus touché une femme. C'est vrai, j'ai pensé que j'allais m'amuser avec elle. On a roulé en ville..."

Calendrier Pirelli 1987

Jamais le chauffeur n'imagine avoir chargé la mannequin de couverture du Pirelli 1987. "Je ne comprenais à peu près rien de son anglais. En fait, de toute la nuit, je n'ai quasi rien compris de ce qu'elle disait. C'est comme une histoire sans paroles. À un moment, place De Brouckère, je me suis arrêté près du night-shop du coin. Elle voulait boire. Elle a voulu deux Carlsberg d'un demi-litre. Je les lui ai payées. Elle a bu dans le taxi en renversant sur le tapis. Le tapis était dégueu. Mon collègue du jour a d'ailleurs dû le ranger dans le coffre. C'est le détail qui fait dire que c'était probablement la nuit du mardi 4 au mercredi 5. Moi, je ne sais pas."

"Collée sur mon épaule"

Preuve, selon le taximan, que Waris est totalement libre de ses mouvements : "À un moment, j'ai chargé un client que je n'ai pas fait payer. Il s'est assis à l'arrière et je l'ai déposé place Liedts. (Waris) était à l'avant".

Waris, malgré un premier litre de Carlsberg, a grand-soif. "On s'est arrêtés près d'un autre night-shop, avenue Houba de Strooper. J'ai pris plusieurs Coca-Bacar. Elle a continué à la Carlsberg d'un demi-litre, au moins deux, peut-être trois ou quatre. Mais je voyais comme elle était et, franchement, j'ai pensé que c'était une mauvaise idée. Alors, je l'ai larguée chez le Paki et je me suis cassé. Peut-être une demi-heure après, je suis repassé devant le night-shop. Elle n'avait pas bougé. Elle était comme une misère sur le trottoir, avec ses Carlsberg à la main. Quelle heure, 4 h ? Il gelait. Le gars du night-shop l'avait mise à la porte, mais elle avait insisté comme avec moi, en se collant à lui. Alors pour avoir la paix, il l'a mise à la porte et fermé son volet. J'ai eu pitié. Elle est montée. On a encore roulé, elle se collait sur mon épaule. Je comprenais : Hôtel, hôtel."

Hôtel Potinière, rue Navez

"Je croyais qu'elle voulait que je la dépose à l'hôtel mais, en fait, c'était le contraire : elle ne voulait pas l'hôtel. J'ai pensé au moins cher encore ouvert à cette heure, le Potinière, rue Navez. Elle ne voulait pas descendre : c'était avec moi et chez moi. En fait, elle n'avait pas d'argent, pas de passeport, pas de sac, pas de GSM, pas de briquet, pas de clopes. J'ai rendu le taxi à mon collègue du jour. C'est clair que si je la séquestrais, lui aussi l'aurait vu, tout de même. Mon problème à ce moment, c'est que je vis chez ma mère qui a 80 ans. Je n'allais tout de même pas l'amener là. Mais j'ai un endroit, à 20 km de Bruxelles. Vous savez, des histoires comme cela, je peux vous en raconter 50. Bref, je n'y étais plus allé depuis un mois. C'était pas chauffé. Ça caillait. J'ai allumé le chauffage..."

"Elle m'allumait, quoi !"

Selon le taximan, Waris Dirie avait continué de se frotter. "Elle m'allumait, quoi." Alors, ils ont rejoint la chambre et c'est vrai, dit le chauffeur, elle s'est déshabillée "Dans mon souvenir, elle portait une sorte de poncho blanc avec du noir, un pantalon à carreaux brun ou bordeaux, des bottes noires de cow-boy, pas de slip, pas de bas, pas de soutien. Elle s'est couchée. J'ai dormi nu comme elle, à côté d'elle, sans la toucher..."

"Bottes noires de cow-boy"

Silence. "De toute façon, on est adultes. Mais j'étais épuisé. On peut faire tous les examens qu'on veut. J'avais peut-être bu 10 Baccar... Et elle a ronflé, comme après 4 à 6 demi-litres de Carlsberg..."

Selon lui, il était "au moins midi " quand il s'est réveillé "le premier" . Il l'a réveillée en la secouant et en la pressant de se rhabiller. Il ne lui a rien proposé, sinon un verre de Vittel. "Je voulais m'en débarrasser. J'en n'avais rien à f... de cette femme. Pour moi, elle pouvait me remercier d'être tombée sur quelqu'un qui lui avait rendu service en pleine nuit. Il faisait si froid. Et je dis que, dans ce quartier, ça pouvait mal se passer. "

Il l'a "larguée" (sic) le mercredi, à la station Total Fina de l'avenue du Port. "J'étais sûr qu'elle se débrouillerait, qu'on lui passerait un téléphone. Moi, j'avais fait ce que je devais."

"Merci, oui !"

De la même façon que la police belge s'indigne des accusations d'Autriche de Mlle Waris Dirie, le taximan dément : "Je l'aurais kidnappée, séquestrée, ligotée et violée ? Laisse-moi rire; elle peut me dire Merci !, oui, ce qu'elle n'a d'ailleurs pas fait."

Par égard, par respect, par pudeur, le taximan tait certains détails. "Le visage est joli, un peu enfant."

Le taximan, d'une cinquantaine d'années, fait la nuit depuis des années. Les femmes doivent lui trouver du charme. Nous lui garantissons l'anonymat.

Ce n'est que le mardi 12 qu'il a fait le lien avec Waris déjà retrouvée le vendredi 7. C'est, selon lui, l'exacte vérité. Waris faisait la java. Sans être psy, il pense que la Waris qu'il a croisée a de sérieux problèmes, y compris d'alcool. "Cela, je le respecte ! Mais qu'elle ne les remette pas sur les autres."



© La Dernière Heure 2008