Faits divers

Marc Dutroux ne fera pas les frais du projet de loi durcissant la liberté conditionnelle, assure son nouvel avocat !

BRUXELLES La libération sous surveillance électronique de Marc Dutroux sera examinée ce lundi par le tribunal d’application des peines de Bruxelles. Nous avons donc interrogé à ce propos son nouvel avocat, Pierre Deutsch.

Pensez-vous être en mesure d’obtenir sa libération ?

“Notre dossier n’est pas vide. À mon avis, on a de quoi répondre de façon satisfaisante aux interrogations du tribunal d’application des peines de Bruxelles en ce qui concerne ses possibilités de reclassement, la fameuse question du risque de récidive, etc.”

Quid de son plan de reclassement ?

“Quand on parle de plan de reclassement, c’est primo un logement, secundo un travail ou une formation. Ce sont des points pour lesquels nous disons – et c’est tout le débat – que nous avons de quoi satisfaire aux exigences de la loi. On me donne tort, on me donne raison, c’est une autre chose, mais ce que je ne supporterais pas, c’est que l’on me donne tort sans m’avoir écouté et sans même savoir ce que j’ai à dire.”

Des religieux pourraient-ils l’accueillir ?“Pas que je sache. Cela me parait de la foutaise. Marc Dutroux a encore des amis. En l’occurrence, il a des possibilités.”

A-t-il déjà retrouvé du boulot, comme ferrailleur ou autre ?

“C’est un type qui a de l’or dans les mains. Cela, il faut quand même lui laisser. Ce n’est pas parce qu’il a pu commettre des actes épouvantables qu’il faut dire qu’il n’a rien pour lui. En ce qui concerne ses possibilités de reclassement, je ne vais rien dire. Je n’ai absolument pas envie de saborder les efforts qu’il a pu déployer pour trouver quelque chose. Marc Dutroux mettra d’ailleurs tout en œuvre pour ne pas dépendre de la collectivité. Si ce qui inquiète les gens, c’est de savoir qu’il va coûter de l’argent à l’État, or il en coûte bien davantage en prison qu’il n’en coûterait en liberté, là où je voudrais bien qu’il se retrouve dans quelques semaines. Je travaille donc au rétablissement des finances publiques !”

Vous pensez qu’il n’y a pas de risque de récidive dans son chef ?

“Quel que soit le détenu, il a beau avoir une jolie bouche en cœur et dire qu’il n’y a aucun risque qu’il recommence quoi que ce soit, c’est toujours par définition un pari. Et, souvent, les tribunaux font ce pari.”

Marc Dutroux exprime-t-il des regrets pour ses crimes ?

“C’est un peu le problème. Soit il exprime des regrets et on le traite de provocateur et d’hypocrite ou que sais-je, soit il n’en exprime pas et on le lui reproche. Il est un peu coincé dans sa situation actuelle. À un certain moment, il envisageait de s’adresser peut-être à certaines des victimes en leur exprimant une forme de compassion. Mais on a crié à la provocation. Que fait-on alors ?”

On a parlé ces derniers temps d’un “amour” qu’il porterait toujours à Michelle Martin et de ses “nombreux” visiteurs…

“Il faut savoir qu’il a extrêmement rarement des contacts avec d’autres êtres humains, puisqu’il faut quand même dire ce qui est : Marc Dutroux est en isolement quasi permanent et complet et je suis l’une des rares personnes qui le voit. Moi, si j’avais enfin la possibilité de parler avec quelqu’un de la femme que j’aime, je n’hésiterais pas. Or, il ne m’en a jamais parlé. On raconte aussi qu’une vingtaine de personnes lui rendent visite : oui, si l’on compte les gardiens de prison qui lui fourguent son plateau-repas. Ses visiteurs, ne me demandez pas de donner un chiffre précis, mais, en tout cas, cela se compte sur les doigts d’une seule main.”

Et si sa demande n’aboutit pas ?“Marc Dutroux est conscient que cela sera un travail de longue haleine. Je ne sais pas où l’on va à l’audience prochaine : on peut être rejeté purement et simplement, mais dans ce cas le TAP doit fixer l’échéance à partir de laquelle on peut introduire notre nouvelle demande. C’est généralement un an dans le cas d’une lourde peine. Dans l’hypothèse où on n’aboutit à rien, ce n’est pas un travail qui sera achevé, c’est un travail qu’on va poursuivre ensuite, à moins que l’on nous dise qu’il ne sortira jamais, non pas à cause de son dossier, de la qualité du projet qu’il porte mais à cause de son nom.”

Que pensez-vous du projet de loi durcissant la liberté conditionnelle adopté ce mardi par nos parlementaires ?

“C’est le niveau zéro de la démocratie. C’est de la démagogie dans tout ce qu’elle a de plus abjecte. C’est la pêche aux voix, mais d’une façon pathétique. En plus, c’est grotesque et inutile dans la mesure où les dispositions légales qu’ils envisagent de modifier ne seront pas applicables à Marc Dutroux parce qu’il a commis ses crimes avant l’entrée en vigueur de la loi. Il faut en effet distinguer deux choses en droit pénal. Les lois de pure procédure des autres. Les lois de pure procédure sont d’application immédiate et seraient donc d’application à la procédure qui est en cours. Pour ce qui n’est pas de pure procédure, on adopte toujours le régime le plus favorable à celui à qui l’on reproche les faits. C’est la même chose pour Marc Dutroux. Si l’on veut limiter les possibilités de libération conditionnelle, par exemple pour que ce ne soit possible qu’après moitié de la détention et non au tiers : cela ne sera pas applicable à Dutroux et faire croire à la population ça, c’est lui mentir de façon pure et simple. Nos gouvernants savent que cela ne sera pas applicable et ils ne le font que pour des raisons électoralistes dont je ne dirai franchement jamais assez de mal.”



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