En trente ans, ce superflic a collectionné les dossiers de choix

FERRIÈRES Avec Marnette, c'est une des dernières figures médiatisées de la police belge qui tire sa révérence.

Au 1er mai, le divisionnaire Georges Marnette quitte la police fédérale de Bruxelles. Plus de trente ans de carrière - il était flic depuis le 1er février 1973 -, pour l'essentiel à la PJ de Bruxelles. Un flic, un vrai. Moitié Delon, moitié Belmondo. Donc une grande g.... Mais une carrure à la Frans Reyniers, une technique bulldozer, des résultats mais aussi un sens profond de la parole donnée et de la fidélité.

Une carrière à l'antigang: de Marcel Habran à Maâche, Marnette a vu défiler les plus grands caïds.

Ce qui ne l'a pas empêché de s'occuper aussi de: kidnappings (comme l'enlèvement de Johanna Berbers); de hold-up meurtriers (comme ceux du Brusilia et de la place Rouppe); d'arrestations retentissantes (comme celle du truand français François Besse), d'affaires à polémique (comme l'arrestation de l'avocat Michel Graindorge depuis lors devenu comme un ami); des tueries du Brabant - vingt-huit meurtres entre mi-1982 et fin 1985. De s'occuper du suicide de Paul Latinus et du démantèlement du Westland Newpost, ce groupuscule néonazi belge impliqué dans un double meurtre à Anderlecht.

De drogue - comme ces 300 kg de cocaïne saisis entre Colmar et Anvers.

Une carrière de superflic... jusqu'aux problèmes qui éclatent et lui valent d'être écarté avec l'affaire Di Rupo et les débuts du dossier Nihoul, en août/septembre 1996.

En avril 1997, Marnette, mis en cause, est inculpé et suspendu de ses fonctions pour la durée d'un mois. »Moi, le flic, on m'a mis à l'écart un mois. On me soupçonnait. C'est comme si j'avais dû faire un mois de prison.» Par la suite, Marnette obtient le non-lieu et est complètement rétabli dans ses droits. Mais le ressort est cassé et Marnette n'est plus jamais Marnette. Le policier que nous rencontrons chez lui, hier, à Ferrières, s'en va «autrement qu'(il) l'avait espéré».

Autant les médias avaient fait leurs choux gras de rumeurs les plus imbéciles, autant rares sont ceux qui ont parlé de sa réhabilitation.

Marnette et ses moustaches, comme l'écrivait un journaliste, on aime ou on n'aime pas. Mais personne n'est indifférent.

Beaucoup lui reprochaient un ego démesuré. Enfin, enfin, Marnette admet qu'il avait rêvé devenir un jour commissaire en chef, ce qu'il ne sera finalement jamais devenu. «Je pensais à faire carrière. Mais ma façon de travailler, c'était autant pour défendre la police judiciaire qui avait en face d'elle un monstre», fait-il pour parler de la gendarmerie. «Je ne prétends pas avoir été un grand flic. J'ai eu la chance de participer à de très belles affaires. Le seul calibre que François Besse ait jamais pris d'un policier belge, c'était le mien. Besse, quand je l'ai arrêté, je l'ai plié en deux et jeté dans le coffre de la voiture. Les collègues français m'ont demandé pourquoi je ne l'avais pas tué. J'ai répondu que je n'étais pas un tueur. Avant, à la PJ, nous travaillions en artisans, pas en militaires comme aujourd'hui. Et c'est bien une des raisons pour lesquelles je me casse...»

A 57 ans... que ce trois fois (jeune) grand-père ne fait pas!

© La Dernière Heure 2004