`Mes enfants sont livrés à des pédophiles´

Faits divers

Frédéric De Backer

Publié le

`<i>Mes enfants sont livrés à des pédophiles</i>´
© Bauweraerts

Dolorata a obtenu la condamnation de l'Italie par la Cour des Droits de l'Homme, mais a passé Noël sans ses enfants

BRUXELLES C'est une mère à bout de forces, mais déterminée à aller jusqu'au bout que nous avons rencontrée. Si Dolorata a fait le voyage depuis l'Italie où elle réside jusqu'en Belgique, c'est parce que malgré la condamnation de l'Etat italien devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme, ses deux enfants de nationalité belge sont toujours retenus dans la communauté Il Forteto. En trois ans et demi, elle les a vus en tout et pour tout deux fois cinquante minutes!

Cette puissante coopérative agricole est également un foyer d'accueil pour enfants au bien triste passé puisque, à la fin des années 70, une enquête avait été menée à l'encontre des trois fondateurs pour actes de pédophilie et de zoophilie commis au sein de la coopérative. Deux des responsables, L. R. F. et L. G. furent condamnés par la cour d'appel de Florence le 3 janvier 1985 respectivement à deux ans et dix mois de prison avec sursis.

Ces deux hommes travaillent toujours actuellement pour la coopérative, et L. R. F. a même pris part à la réunion du 8 septembre 1997 à l'issue de laquelle les services sociaux recommandèrent au tribunal de la jeunesse de Florence de placer les enfants de Dolorata à Il Forteto!

Si les enfants ont été placés dans cette institution, c'est suite à la dégradation du climat familial. M. L., un éducateur travaillant pour les services sociaux de la ville de Florence, avait offert de s'occuper bénévolement de l'aîné. Mais suite au comportement de l'enfant, une enquête fut ouverte à charge de M. L., et la justice s'est rendue compte que cet éducateur était au centre d'un réseau de pédophilie. Profitant de sa collaboration avec les services sociaux, il avait réussi à s'infiltrer dans les institutions publiques consacrées à la protection des enfants. M. L. fut arrêté et condamné le 6 juin 1997.

`Je ne les ai pas mis au monde pour les livrer à des pédophiles´

C'est donc après avoir été abusés une première fois par cet éducateur que les enfants ont été placés dans cette coopérative tenue par des pédophiles! Et la condamnation de Strasbourg (juin 2000) n'y change rien: ils sont toujours là, tenus à l'écart de leur mère qui n'a même pas pu les voir pour Noël. `Je leur ai acheté des cadeaux, l'assistante sociale m'a promis qu'on leur donnerait Ce que je veux, c'est faire sortir mes enfants de là, je ne les ai pas mis au monde pour qu'ils soient livrés en pâture à des pédophiles.´

Une vision des choses qui est partagée par la Cour des Droits de l'Homme qui estime que les autorités italiennes n'ont jamais expliqué à Dolorata pourquoi le placement de ses enfants dans le Forteto ne posait aucun problème malgré les condamnations de ses deux responsables. `Pareille absence d'information n'est pas compatible avec le devoir d'équité et d'information qui incombent à l'Etat. Certains responsables du Forteto semblent avoir contribué de manière significative à retarder ou entraver la mise en oeuvre des décisions du tribunal pour enfants de Florence autorisant les contacts mère-enfants. Les responsables du Forteto ont contribué à détourner de leur but les décisions du tribunal permettant des rencontres. Ces responsables oeuvrent dans une communauté qui jouit d'une énorme latitude et qui ne semble pas soumise à un contrôle effectif des autorités compétentes.´

Malgré les motivations pour le moins explicites de l'arrêt strasbourgeois, rien n'a donc changé. Certes Dolorata et ses enfants ont reçu une indemnité de l'Etat italien, mais le risque de rupture irréversible des liens entre la mère et ses enfants augmente avec les jours qui passent, à tel point qu'on peut se demander s'ils pourront retrouver un jour une vie normale en dehors de la communauté Il Forteto.

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