Faits divers Un octogénaire tue un couple d'immigrés à Schaerbeek. Il a péri dans l'incendie de sa maison

SCHAERBEEK Trois morts. Cinq orphelins. Le drame qui s'est produit mardi matin, à Schaerbeek est sans appel!

Hendrik Vyt, 80 ans, a été jusqu'au bout de ses convictions racistes. Comme il l'avait dit en apprenant le score de Jean-Marie Le Pen au premier tour des élections françaises: `Il va gagner... C'est bien. Il ne nous reste plus qu'à prendre une Kalachnikov et tous ( les étrangers ) les tuer

Dimanche, en apprenant que son héros politique n'allait pas présider la France, Hendrik a été très déçu. Même plus. Cette défaite l'a rendu fou furieux.

Mardi, vers 4 h du matin, après avoir été faire un tour avec son chien, il a tué ses voisins du dessous. Des immigrés marocains qui habitaient la même maison que lui, rue Vanderlinden, 121, depuis 5 ans.

Isnasni Ahmed, le père, âgé de 47 ans, a été abattu d'une balle dans le dos. Son épouse Habiba El Hajji, 48 ans, a été tuée, criblée de balles. Le tout sous le regard de leurs quatre enfants. Après les avoir pris pour cible, Hendrik a bouté le feu à l'habitation.

Sur ces entrefaites, les forces de l'ordre ont été avisées. Les enfants paniqués, blessés par balles, ont tenté comme ils ont pu d'échapper à la mort. Kenza, 19 ans, s'est enfuie par l'arrière, par le jardin. En partant, elle a croisé les hommes de l'Escadron Spécial d'Intervention qui tentaient d'entrer dans la maison.

Ses frères, Abdelmounaïm, 17 ans, Yassine, 10 ans, et Walid, 6 ans, ont été sauvés par Gérard et Rita, les voisins du 119, qui avaient été réveillés par les cris d'appel à l'aide des enfants hurlant à la fenêtre. L'aîné, lui, était absent.

Les coups de feu n'ont pour autant pas cessé. Hendrik tirait tous azimuts, retranché dans son petit appartement du dernier étage. Les voitures stationnées dans la rue sont la preuve que les tirs ont été nombreux, tant du côté du forcené que du côté des forces de l'ordre. Une des balles tirées par un des policiers a mis fin au carnage. Hendrik Vyt a été touché au thorax. Il s'est effondré. L'incendie qui ravageait la maison a fait le reste...

Un copain de Johan De Mol

Un acte d'un déséquilibré ou au contraire un geste mûrement réfléchi? Depuis toujours, Hendrik ne cachait pas ses convictions politiques. ´ Il ne se gênait pas pour le dire: il était un copain de Johan De Mol, l'ancien commissaire passé au Vlaams Blok. Il insistait aussi sur le fait qu'il bénéficiait de protection´, explique un voisin.

Outre ses appartenances à l'extrême droite, l'octogénaire, né le 21 septembre 1922, à Lierre, était aussi connu de la justice pour des faits de coups et blessures. Hendrik devait d'ailleurs comparaître le 13 mai devant la 56e chambre du tribunal correctionnel pour des faits commis en mars 2000. En 1995, alors qu'il avait 73 ans, il connaissait ses premiers soucis avec la justice. Mais le dossier a été classé sans suite.

Enfin, pas plus tard que lundi, la police de Schaerbeek avait été appelée par les futures victimes. Hendrik avait défoncé la porte d'entrée de l'immeuble à coups de marteau et de pied-de-biche. La police était venue sur place. Après l'avoir sermonné, la patrouille était partie, ne se doutant pas que quelques heures plus tard, un drame allait se produire. En voyant partir les policiers, Hendrik avait pourtant crié: `Tous ce qui est bougnoule, il faut les tuer. Les flics aussi´.

Hier matin, il a mis ses menaces à exécution. Comme il avait l'habitude de le faire, il est sorti en plein milieu de la nuit en compagnie de son chien, un berger allemand. Après son tour de ronde, n'ayant pas ses clés, il a fracassé la porte d'entrée, une nouvelle fois, à coup de pied-de-biche. Ce fut le début de l'altercation avec ses colocataires. La fin est connue. Le couple est décédé, laissant derrière lui cinq orphelins sous le choc.



Connu pour sa violence

Hendrik avait déjà crevé l'oeil d'un jeuneà coup de chaîne!

SCHAERBEEK Rue Vanderlinden, Hendrik Vyt était un homme connu. Son incivilité, ses convictions politiques, son sale caractère n'étaient un secret pour personne. Et pourtant, pas un seul des habitants n'avait osé imaginer qu'un jour, il mettrait ses menaces à exécution. `Dans chaque rue, dans chaque ville, il y a des disputes de voisinage´, explique le bourgmestre Bernard Clerfayt. `Ce n'est pas pour autant que l'on met les gens en prison´.

Des problèmes de voisinage qui tournaient parfois au règlement de comptes. `Il y a deux ans, il a frappé un jeune à l'aide d'une chaîne. Le gamin a perdu un oeil!´, explique une voisine. `Il n'hésitait pas à lâcher son chien sur les jeunes pour leur faire peur´, poursuit un autre voisin. En réalité, selon le voisinage, tous les jours, la police était appelée pour des plaintes concernant l'octogénaire qui ne supportait plus la présence des immigrés.

Depuis plus de quinze ans, il habitait dans cette maison de deux étages qui appartenait au Fonds du logement. A l'époque, comme le confirment des anciens, `l'endroit était calme et beau´. Au fil des années, les locataires ont défilé. Tous des immigrés. Tous harcelés par le racisme d'Hendrik. Trois familles ont préféré faire leurs valises et déménager.

La police sur la sellette

Une idée qui avait traversé l'esprit d'Habiba, la maman. `Lundi soir, elle m'a expliqué qu'il avait cassé la porte avec un pied-de-biche. Habiba m'a dit qu'elle avait très peur. Elle envisageait de partir´...

Elle n'en a pas eu le temps. Hendrik, qui possédait deux armes chez lui, est passé à l'action. `Il y a un an, la police lui avait déjà saisi une arme à feu´, précise le bourgmestre.

Dans le quartier, les questions sont nombreuses: ´Pourquoi la police n'a-t-elle pas réagi la veille, surtout avec un tel passé judiciaire? Pourquoi, alors que l'on savait l'homme dangereux, l'a-t-on laissé vivre dans ce quartier? Enfin, pourquoi, hier matin, est-ce un voisin qui a dû prendre des risques en montant sur une échelle alors que la police se cachait derrière les voitures?´

Selon le bourgmestre, la police était bel est bien présente et active. `Les policiers se trouvaient à l'arrière pendant qu'un voisin a sauvé les enfants. Dans une situation de crise, chacun raconte ce qu'il a vu, mais il n'a jamais vu toute la scène. Chacun a sa vérité...´

Un voisin réveillé par les cris a filmé le drame dans sa totalité. La cassette a été saisie par la justice. Nul doute qu'elle apportera de précieuses réponses.

L'édito. Une dérive alarmante

Une famille marocaine décimée par un raciste à Schaerbeek, c'est triste, c'est révoltant.

Un homme politique, même très controversé, abattu en pleine campagne électorale aux Pays-Bas, c'est triste, c'est révoltant.

Un étudiant introverti qui massacre ses professeurs dans un lycée à Erfurt, c'est triste, c'est révoltant.

Un jeune homme mal dans sa peau qui cherche à sortir de l'anonymat en ouvrant le feu en plein conseil communal, à Nanterre, c'est triste, c'est révoltant.

On pourrait poursuivre longtemps cette énumération sans remonter au-delà de l'actualité de ces derniers mois.

Par-dessus tout, ce qui inquiète, c'est que notre société semble avoir franchi une barrière morale. Aujourd'hui, les querelles de voisinage, les problèmes de mal-être individuel, les divergences politiques semblent de plus en plus devoir se régler par la voie des armes et de la violence. C'est le signe d'une inquiétante régression. Notre civilisation que l'on croyait destinée à s'éloigner définitivement de la barbarie emprunte désormais l'escalier opposé. Nous revoilà au Far West où les différends se réglaient à coups de revolver. En attendant le Moyen âge et ses guerres de religion, prélude à un retour généralisé à la Préhistoire?

Nous n'en sommes certes pas encore là. Il n'en reste pas moins que les signaux d'alarme se multiplient à fréquence accélérée: les forcenés ne sévissent plus en Oregon ou en Sibérie. Ils sont là, parmi nous. Quelle que soit leur motivation, ils sont les témoins que notre société va mal, ce qu'on savait déjà, mais surtout, que de plus en plus de gens n'hésitent pas à transgresser les tabous que l'on croyait solidement ancrés dans la conscience collective. Le respect de la vie humaine en faisait partie. Ce n'est plus le cas.

Géry De Maet



Balles perdues dans la façade voisine

SCHAERBEEK La famille Touzani habite au n° 123, dans la maison voisine de celle où s'est produit le drame de ce mardi matin. Très tôt, les bruits provenant du 121 les réveillent. Ils sont loin de se douter que le pire reste à venir. `Je dormais près du salon et mon frère de 27 ans est venu me réveiller pour me demander d'urgence la clé de la porte du rez-de-chaussée, explique Latifa Touzani, 24 ans, l'une des filles. Il était environ 4 h du matin. En fait, l'enfant des voisins était parvenu à quitter sa maison et à gagner notre jardin. Il tapait à la porte pour qu'on lui ouvre et qu'on porte secours à sa famille. Il n'arrêtait pas de crier: Il a tué ma mère! Il a tué ma mère! ´ Latifa appelle la police.

`On entendait tout en fait, raconte Abdelaziz, le jeune frère de Latifa. Mon lit se trouve contre le mur du 121. Au début, je croyais que c'était des pétards ou des engueulades. C'est après que je suis descendu et que j'ai vu le jeune voisin. Il voulait sortir pour aider ses frères. On était devant la porte, mon voisin et moi. Mon grand frère a tenté de sauver l'un des plus petits enfants en lui demandant de se jeter par la fenêtre. C'est alors que le vieux monsieur s'est mis à nous canarder. On a couru pour se réfugier.´ Abdelaziz parvient ensuite à longer le mur et à regagner son domicile. `Je ne sais pas ensuite ce qu'il est advenu de mon voisin.´ La famille Touzani, prise de panique, décide de se réfugier au premier et se terre dans le salon. `On entendait encore des coups de feu. L'incendie avait déjà pris, précise Latifa. Après, des voisins ont sonné pour nous dire de quitter la maison car le feu se propageait. La police n'est même pas venue nous sauver ou nous protéger...´

Pire encore. D'après la famille Touzani, ce sont les premiers policiers arrivés sur place qui, voulant viser le forcené, ont tiré, par mégarde, trois balles sur leur façade. Une dans leur salon, deux dans leur salle de bain. `Le voisin était dans la maison à côté et n'est pas sorti dehors, s'étonne Latifa. Comment ces balles ont-elles pu atterrir chez nous puisqu'on voit bien qu'elles vont de bas en haut et qu'elles ont transpercé un faux plafond?´

Dans la matinée, un expert arrivé pour relever les impacts de balle au 123 se serait exclamé, toujours selon la famille Touzani: `Ce ne sont pas des tireurs professionnels qui ont fait ça mais des flics à la c... qui ne savent pas viser!´ La zone 5, pour l'instant, préfère avancer la thèse du ricochet. Mais trois balles au même endroit...

Sous le choc, la famille Touzani l'est fortement. `Nous avons décidé de lancer une pétition pour dénoncer les manquements de la police´, annonce Latifa.