Enfermé au centre de transit Caricole depuis le 18 septembre, date de son arrivée en Belgique, Junior Masudi Wasso commence à perdre espoir. "Je me sens de plus en plus mal. Je ne comprends pas pourquoi on continue à me garder enfermé ici. Ça commence à devenir très compliqué. Je n’ai rien fait de mal et on me met en prison, c’est une injustice totale", déplore-t-il. Il se dit traumatisé par son arrivée sur le territoire belge.

"Je suis arrivé à l’aéroport à six heures du matin. Des policiers m’ont demandé mon passeport, une fiche médicale, ma preuve d’admission à l’université et mon billet d’avion. Je leur ai fourni tous les documents puis ils m’ont emmené dans une salle d’interrogatoire. Ils m’ont demandé si je connaissais Dmitri Mendeléev. Je leur ai dit que c’était un chimiste. Ils m’ont posé d’autres questions de chimie mais je n’ai pas répondu. Ils m’ont ensuite demandé où je comptais loger. Je leur ai dit que j’avais de la famille à Denderleeuw. Ils m’ont alors demandé comment je ferais les trajets entre Denderleeuw et l’université. J’ai dit que je prendrais le métro et ils ont ri. Ils ont dit que je ne maîtrisais pas le trajet. Ils m’ont amené dans une autre salle où ils m’ont posé d’autres questions puis ils m’ont emmené au centre fermé", explique-t-il. En tout, Junior aura passé plus de dix heures à l’aéroport.

"Ça a été violent. Parfois les policiers parlaient en néerlandais entre eux. Je ne comprenais pas de quoi ils parlaient. Ils m’ont remis des documents en néerlandais, alors qu’on parlait en français. Puis ils m’ont amené dans le centre de force. Ils ont aussi essayé de me forcer à reprendre l’avion. Je me suis réfugié dans la douche pour qu’ils ne puissent pas m’emmener mais ils ont ouvert la porte et m’ont forcé à sortir", explique-t-il.

Junior bénéficie du soutien de la Fédération des étudiants francophones, de l’Assemblée générale des étudiants de Louvain et des autorités de l’université. Le secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration Sammy Mahdi se montre toutefois intransigeant. Dans un courrier transmis à la ministre de l’Enseignement supérieur Valérie Glatigny, il indique être au courant de la situation de Junior et comprendre l’inquiétude de la ministre. "On comprend l’inquiétude qui existe chez vous comme chez les autres personnes qui nous ont contactés concernant ce cas. Cependant tous les éléments du dossier justifient la décision prise par les autorités de refuser l’accès au territoire, bien qu’on sache que c’est une mesure lourde", déclare-t-il en effet. Plusieurs personnalités politiques ont fait part de leur désaccord. C’est le cas de Rodrigue Demeuse. "Cette situation est inadmissible. Je suis profondément choqué qu’un étudiant puisse se retrouver dans un centre fermé sur base d’un interrogatoire totalement subjectif. Ecolo soutient l’idée d’une mobilité internationale pour les étudiants qui soit la plus forte possible, cette situation est donc incompréhensible. Nous espérons que la ministre plaidera pour une libération immédiate de Junior."