Faits divers Son fils se mourait en Inde : malgré sa souffrance, Flahaut a refusé d’envoyer un avion militaire

FLEURUS L’affaire date d’août 2005. Mais la mère d’Erwin Pecheux n’a pas oublié. Pour Claudine, c’est comme si c’était hier. Jamais elle n’oubliera.

Jamais elle ne pardonnera. Bien sûr, dit-elle, nous ne sommes pas riches. Quand je lis que ce Russe que la Belgique a rapatrié de la Côte d’Azur possède 7,5 milliards de dollars, je m’incline sans discuter. Moi, je ne pouvais donner que ce que j’avais mais j’étais prête à vendre ma maison et payer toute ma vie si c’était pour rapatrier mon fils et lui donner même un espoir sur mille de le sauver. On nous disait en Inde que c’était sa seule chance mais qu’elle valait le coup : le rapatrier en Europe. On l’a demandé à Flahaut.

Flahaut l’a fait pour un Russe qui avait du fric et était un copain de Poutine. Mon fils hélas ! ne roulait pas en Ferrari Enzo sur la promenade des Anglais. Mais c’était quelqu’un de bien. J’ai gardé la lettre d’André Flahaut signée de sa main. Pour justifier qu’il n’ira pas chercher notre fils en train de mourir, il prétend que “la Défense ne dispose pas de moyens permettant un rapatriement sécurisé dans de telles conditions”. Soi-disant qu’Erwin dans le coma était intransportable. Il n’était que dans un semi-coma provoqué, artificiel. Le Russe, lui, était dans le coma : pour lui, il n’a pas discuté : il a spécialement fait équiper un Embraer qui, au départ, n’était pas médicalisé. Août 2005. Depuis avril, Erwin Pecheux, Belge globe-trotter, découvre l’Inde, sac au dos. Il a 33 ans. Son service militaire en Allemagne lui a donné l’envie de parcourir le monde. Il a séjourné aux USA. Là, il est en Inde, à Goa, de retour d’un trekking dans l’Himalaya.

Tout pourrait avoir commencé par une ampoule au pied droit. Qu’il a cru guérie alors que la blessure s’infectait. Il est hospitalisé. Vers le 10 août, son état s’est aggravé. On parle désormais d’un deep vein thrombosis avec risque que l’infection gagne le système respiratoire et se répande vers le cerveau. Selon sa mère, André Flahaut est informé dès le 11. À Goa, son fils est parfaitement conscient. Ils se parlent au téléphone.

Le problème, c’est que le Belge est couvert à l’étranger par une assurance rapatriement valable trois mois, lesquels sont écoulés de quelques jours.

Mme Catinus : “On a crié au secours et frappé à toutes les portes. Des militaires nous disaient qu’il suffisait d’installer un véhicule ambulance équipé dans un des C130 faisant la navette entre Melsbroek et Kaboul, et de le faire poser à Goa : c’était possible. Mais un Belge à sauver à l’étranger, ça comptait moins qu’un copain de M. Poutine riche à crever. Erwin, de Fleurus, a compté pour rien. Et il est mort là-bas, tout seul, comme un chien : Goa n’était pas la promenade des Anglais. J’ai l’impression qu’avec Kerimov, la Défense a cherché des arguments pour intervenir. Et qu’avec mon fils, elle a cherché des arguments pour ne pas intervenir.” Dans la presse de l’époque, on trouve que le cabinet Flahaut fait valoir qu’il ne revient pas à la Défense de se substituer aux mutuelles et aux assurances rapatriement pour civils. Et le service presse ajoute que la Défense rapatrie des civils quand ils ont des liens de parenté avec nos militaires. Sûrement que c’était le cas pour M. Kerimov soigné à l’HM.

Cette semaine, nous en avons parlé à M. Flahaut qui se souvient très bien du cas et de son refus; il explique que les circonstances et les possibilités n’étaient pas les mêmes. La sœur d’Erwin s’est envolée pour l’Inde. Son frère vivait encore quand Sylvie est arrivée à son chevet. Erwin est quasi décédé dans ses bras, le 18 août. Dans son refus à la famille, signé de sa main, André Flahaut avait terminé : “Je vous prie de croire, Madame, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs”.
Cet été, la maman d’Erwin a appris qu’un avion officiel avait rapatrié Paola pour un poignet cassé et l’avait ensuite ramenée en Sicile sur son lieu de villégiature.

Elle est écœurée.