Des détectives amateurs veulent relancer en Belgique et en France l’enquête sur l’énigme norvégienne numéro 1.

La vie de journaliste réserve des surprises : nous sommes contacté depuis Oslo par un club de détectives amateurs qui veut relancer en Belgique l’affaire, célèbre en Norvège, de l’Inconnue d’Isdal.

Fin 1970, des randonneurs ont trouvé près de Bergen, dans la vallée d’Isdal, le cadavre d’une femme qui n’a jamais pu être identifié. Cinquante ans plus tard, pourquoi s’adresser à un média belge ? Parce que l’enquête de police menée à l’époque en Norvège a montré que la femme renseignait dans les hôtels où elle descendait qu’elle était belge. L’espoir fou des détectives amateurs norvégiens : susciter des témoignages en Belgique et résoudre l’énigme.

Dans les fiches d’hôtel, elle a déclaré être née à Louvain, à Gand, à Ostende. Comme adresses, elle a indiqué Bruxelles et Louvain avec des noms de rues qui n’existent dans aucune des deux villes mais existent par contre à Liège. Elle s’est fait appeler Geneviève Lancier, Claudia Tielt, Claudia Nielsen, Alexia Zarna-Merchez, Elizabeth Leenhouwer. Elle déclarait être née en 1943 ou 45, ce qui lui aurait donné 25 ou 27 ans à son décès. Elle avait probablement 5 à 10 ans de plus et serait donc née dans le milieu des années 1930.

Elle disait voyager pour "tourisme" ou "voir des amis" et être "décoratrice", "antiquaire", "secrétaire". Pourquoi tant de mystères ? Et pourquoi tous ces déplacements entre mars et novembre 1970 entre la Norvège, l’Allemagne, la Suisse, Paris et retour en Norvège où elle ne cesse de bouger - Oslo, Stavanger, Trondheim Bergen - et changer constamment d’hôtels ?

C’est à Bergen qu’elle disparaît le 23 novembre 1970. Et près du lac Svartedik, dans cette sauvage vallée d’Isdal, que des promeneurs découvrent son cadavre le 29, gîsant dans des rochers, en partie calciné, avec des traces sur le cou.

Si l’autopsie de 1970 conclut à un suicide par barbituriques (gardénal) avec inhalation de monoxyde de carbone, beaucoup doutent. Une autopsie en 2019 arriverait-elle aux mêmes conclusions ?

D’autant qu’il y a tous ces détails. La peau du bout des doigts a été poncée, empêchant la prise d’empreintes. Les indices permettant d’identifier la provenance des objets se trouvant près du cadavre ont été supprimés. Les étiquettes des vêtements qui ont échappé au feu ont été coupées. On a même gratté le dessous des bouteilles du liquide utilisé pour brûler le corps.

Quelqu’un s’est appliqué à faire disparaître toutes les marques de fabrique des objets contenus dans ses valises, y compris celles du peigne et de sa brosse à cheveux. On trouve des perruques : cette femme se déguisait. Elle possédait un bloc-notes. Ce qu’elle écrivait, elle le faisait en utilisant un code.

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Jolie femme, mince, bronzée, des yeux bruns, de longs cheveux sombres, 1 m 64, elle parlait le français, l’allemand, l’anglais (pas très bien), peut-être le néerlandais. Un patron d’hôtel se souvient qu’elle avait de jolies jambes.

Pendant les six mois précédant sa mort, elle a constamment changé d’hôtel et parfois même de chambre dans un même hôtel, utilisant au moins 7 passeports différents, toujours de nationalité belge.

Une espionne ? Une pauvre femme malade, souffrant d’une manie style persécution ou paranoïa ? Récemment, des expertises isotopiques ont montré qu’elle aurait vécu en Allemagne (plutôt du sud, du côté de Nuremberg) et peut-être ensuite en France (dans l’Est). Une enfant de la guerre ?

Belge ? Gros doutes. Dans une fiche d’hôtel, elle écrit "ss-préfecture de Louvain" : selon nous, aucun Belge n’écrirait "sous-préfecture de Louvain". Elle écrivait en français sans faute, en commettait par contre en allemand. Elle avait une belle écriture, celle d’une femme ayant fait des études.

Notre détective privé norvégien, Joachim Naess, habite à 5 km du lieu où l’on a trouvé le corps. Son espoir est vraiment fou : "Et si des lecteurs réagissaient : ça me rappelle ma tante, celle qu’on n’a jamais retrouvée. On en parlait parfois à table."

L’affaire de l’Inconnue d’Isdal est restée en Norvège l’énigme policière du siècle. L’inconnue est enterrée au cimetière Mollendal, le plus grand de Bergen. Dans un cercueil qui ne se décompose pas : on a prévu le cas où le mystère serait percé. Depuis 48 ans et demi, aucun proche ne s’est manifesté.

Elle se disait belge. Dans les fiches d’hôtel où tout est fantaisiste, tout ne l’est en réalité pas. Elle a renseigné plusieurs noms de rues qui existent et qui toutes se trouvent à Liège : 18 rue Sainte-Walburge, 17 place Sainte-Walburge, 2 rue Sainte-Walburge et 3 rue de la Madeleine.