Il y a une grande marge entre des accusations et les preuves vérifiées.

Des policiers corrompus dans l’affaire de la zone Midi (Anderlecht, Forest, Saint-Gilles) ont-ils reçu en cadeau "des réductions pour des vélos Merckx, des lecteurs MP-3 ou un voyage à Las Vegas"? C’est ce que des médias ont affirmé le 9 août dernier.

Ce matin, les 13 suspects dans l’affaire de la zone Midi comparaissent devant la chambre du conseil de Bruxelles. Parmi eux : le commissaire Philippe Boucar - le Monsieur football de la police belge - et le champion cycliste Eddy Merckx.

Qu’en est-il de ce voyage offert à Las Vegas ? Notre enquête révèle que Las Vegas n’est en réalité qu’une des treize accusations de corruption qui étaient portées à l’origine en 2008 à charge du commissaire Boucar. Quant aux résultats, notre enquête montre ensuite qu’il y a une grande marge entre des accusations relayées par certains médias et les preuves vérifiées.

Vente et consommation de stupéfiants

FAUX. Aucun stupéfiant n’a été saisi lors des perquisitions, notamment au domicile du commissaire Boucar. De même, aucun élément de trafic ne ressort du dossier et tous les tests pratiqués (tant d’urine que d’ADN) sont négatifs.

Spotters incontrôlables

FAUX. En 2008, Boucar était accusé "d’avoir dirigé et couvert des spotters (policiers anti-hooligans) incontrôlables lors de matchs d’Anderlecht". Lors des événements , le commissaire n’était plus en charge de ces policiers qu’il ne "dirigeait" donc plus ni ne "couvrait".

Des enveloppes provenant de fournisseurs habituels et privilégiés de la zone de police

FAUX. L’OCRC (police anticorruption) a épluché les comptes bancaires du commissaire et de son entourage et n’a trouvé aucun mouvement suspect. Quant aux cadeaux présumés reçus de type montre ou sac Vuitton, Boucar a fourni pour chacun les preuves d’achat. Ainsi, le Vuitton de Mme Boucar a été acheté à Paris pour ses 40 ans.

Vente d’invitations pour des matchs de football du RSCA

FAUX. Depuis des lustres, le Sporting offre 20 places à la police. C’est un héritage du passé, une pratique qui existait avant Boucar et qui existe toujours. Quand Boucar recevait des places, il les proposait autour de lui et ne les vendait pas. Il n’a pas tiré un profit personnel.

Une entrée au Grand Prix F1 de Monaco

FAUX. La rumeur est partie d’une invitation adressée à Boucar par le chef de la zone de police Stavelot-Malmedy à suivre une séance d’essais du GP de Belgique. Boucar s’est rendu à Francorchamps avec sa voiture personnelle. Comme souvent dans ce dossier, ça a été déformé en interne et de Francorchamps, c’est devenu le GP de Monaco auquel Boucar n’a jamais assisté.

Avoir reçu un voilier en cadeau

FAUX. Si une photo de Boucar sur un voilier a été saisie, l’enquête a montré que le policier n’avait pas de voilier. La photo avait été prise sur le bateau d’un ami lors de son voyage de noces.

Ce voyage à Las Vegas

FAUX. Les déplacements de Boucar aux États-Unis sont connus : il n’a jamais mis les pieds à Las Vegas.

Tripotages dans les heures sup’déclarées

FAUX. Ses fiches de prestation ont été épluchées par l’OCRC. Ce fut fastidieux mais le commissaire a établi qu’il n’avait pas volé une seule heure. Encore une accusation fausse. Le parquet requiert le non-lieu.

Vol d’un climatiseur airco de la zone Midi

FAUX. La lumière a été faite sur l’appareil saisi chez Boucar : il ne provenait pas de ceux livrés à la zone Midi. Ces appareils qui ne convenaient furent tous d’ailleurs remballés au fournisseur.

Une Toyota Yaris en cadeau pour sa fille

FAUX. Le commissaire a prouvé que sa fille n’a jamais reçu une Toyota mais bien, pour ses 18 ans, une Renault Clio offerte par sa mère et son beau-père.

Les deux vélos Eddy Merckx

FAUX. Philippe Boucar a apporté la preuve de la facture d’achat et du paiement des deux vélos, dame et vélo de course. Le dernier virement était annoté : "Merci pour le vélo Merckx". Quant au prix de 1.500 euros pour le vélo de course, il est jugé normal par rapport aux prix proposés sur les sites, s’agissant d’un vélo qui n’était pas haut de gamme contrairement à ce que des médias prétendent à tort.

Avoir puisé dans les caisses de l’ASBL St-Nicolas des enfants de la police.

FAUX. Philippe Boucar n’a jamais été membre de cette ASBL aux comptes de laquelle il n’avait pas accès.

Avoir volé des vélos Giant.

FAUX. L’enquête a tout simplement montré là encore que ni la zone Midi ni l’ancienne police d’Anderlecht ni la commune d’Anderlecht n’ont jamais acheté des vélos de la marque Giant. Donc, accusations non fondées a priori là aussi.


Eddy Merckx, inculpé par dégât collatéral

Il s’agira d’un faux départ, ce matin, devant la chambre du conseil de Bruxelles: des avocats - dont certainement Daniel Spreutels qui défend le commissaire Boucar - déposeront des demandes de nombreux devoirs complémentaires dont la réalisation prendra du temps.

L’audience sera donc remise dans cette affaire incroyable de corruption présumée où le parquet demande que soient jugés en correctionnelle l’ancien chef de la zone Midi Gerald Noon, son directeur Philippe Boucar, le responsable des achats, plusieurs gros fournisseurs de la police et, dégât collatéral, la légende du cyclisme Eddy Merckx dont le rôle apparait très secondaire.

Résultat de la réforme de la police en 2001, la zone Midi fusionnait trois polices communales et une brigade de gendarmerie. Chacun n’a pas retrouvé sa place d’avant. Cela a créé des rancoeurs et des haines qui se sont focalisées sur le directeur général chargé de dessiner le nouvel organigramme: Philippe Boucar.

Boucar a fait office de "paratonnerre à rumeurs", et l’Inspection générale, de "réceptacle des rumeurs".

En 13 points, l’article ci-contre montre que nombre d’accusations lancées en interne par des collègues insatisfaits n'étaient probablement pas fondées: de la pure malveillance.

Ainsi, Boucar n’a jamais mis les pieds à Las Vegas, n’a pas de voilier, n’a pas reçu une voiture en cadeau pour sa fille, a payé ses vélos, n’a jamais assisté au GP de Monaco et n’a jamais fumé un joint ni trafiqué de la drogue.

En attendant, Boucar traîne ce dossier comme un boulet depuis huit ans (1er avril 2008). Des nominations sont passées sous son nez. Tout le monde - y compris les médias - le croit "commissaire divisionnaire". Et tout le monde est trompé parce que dans les faits, c’est bien ce qu’il est: celui qui porte depuis vingt ans la responsabilité lourde du maintien de l’ordre dans le football (Anderlecht), les prisons en grève (Forest, Saint-Gilles), les transferts de détenus dangereux, les quartiers difficiles et les centres commerciaux à risques en période d’alerte terroriste de niveau 3. On l’aime ou on l’aime pas mais avec le commissaire Boucar, tout fonctionne comme cela doit, dans trois communes bruxelloises sensibles.

Son avocat Spreutels a refusé tout commentaire... sauf celui-ci: "Je contesterai les préventions et plaiderai le non-lieu avec force".