Notre reporter dans la cache de Dutroux

Notre reporter dans la cache de Dutroux
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Faits divers

Benoît Franchimont

Publié le - Mis à jour le

La cache de Marcinelle, minuscule et infâme cellule. Visite
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MARCINELLE En sortant du 128 de la route de Philippeville à Marcinelle, vous ne serez plus comme avant, avait dit un avocat. J'en ai fait l'expérience. Dans cette maison, l'horreur, on la touche de la main.

En entrant, on tombe d'abord sur une pièce qui a dû être un salon. Les murs, comme partout dans la maison, ont été troués, sondés par les enquêteurs. Il ne reste aucun meuble ou presque au rez-de-chaussée, qui ressemble à un chantier. Dans le salon, les plafonds sont démontés, le plafonnage arraché. Pêle-mêle, on découvre un casque de moto, des pots de peintures, des vélos écrasés ou une petite cuisine Fisher Price pour les enfants, ceux de Dutroux évidemment.

Le sol carrelé en blanc, la maison est toute petite. L'escalier qui mène à la cave est dans le hall juste à gauche après le salon. Onze marches vers l'enfer. Onze marches étroites, en béton. En bas, toute la cave est bas de plafond, peut-être 1m60 de hauteur. On se trouve directement en face du mur de l'ancienne citerne à eau aménagée en cache. Tous les murs de cette première partie de cave ont été recimentés et peints en blanc. La fameuse porte coulissante, déguisée en étagère, est là. Démontée, posée sur le sol. Elle est bien plus petite que ce que ne laissent croire les images vues et revues. Moi, aurais-je découvert la cache avec la porte fermée? Impossible de faire l'expérience, la porte est détachée, mais les murs sont blancs dans toute cette partie de cave. Et si la porte s'ajuste précisément, soyons honnête, peut-être que non.

Quand j'entre dans la cache, par le trou dans les briques, deux choses me frappent: la couleur jaune, qui ne rend pas l'endroit moins sinistre, et le petitesse des lieux. C'est bien plus minuscule encore que ce que j'imaginais sur base des photos. On ne s'y tient pas debout mais accroupi. Un gros spot de la police éclaire la cache. L'odeur qui règne est un mélange de celle du ciment et de pourriture, même si je ne remarque pas de traces importantes d'humidité. La cache est vide, tous les objets ont été démontés et enlevés. Il ne reste qu'une étagère métallique et la grille de fer qui sépare le sas de la zone où étaient détenues les enfants. En cherchant, je trouve l'inscription Julie, à côté de l'étagère. L'horreur. Quel monstre faut-il être pour enfermer ici des petites filles, 104 jours pour Julie et Mélissa, dans le noir, avec peu de nourriture ou d'eau? Elles ont eu faim, froid, soif et surtout, peur. Terrorisées par ce que Dutroux leur faisait, leur disait. Comment peut-on infliger cela à des enfants? Sabine y est restée 81 jours, Laetitia 6. Quel courage d'y revenir.

La cache est vraiment minuscule. Au-delà de la grille, impossible de faire plus de deux pas en avant et même pas un de côté. Je me souviens des dimensions mesurées par un expert: 1 m 61 de haut, 2 m 34 de long, 99 cm de large. Hormis la signature de Julie, il ne reste pas de trace des enfants. Mais leur présence est partout. Cette maison est hantée par leur souvenir.

A l'étage, deux chambres. Celle côté rue comporte encore un grand lit de bois et une garde-robe, genre acajou. Côté jardin, la chambre des enfants. Il n'y reste plus que le lit de fer superposé. Le lit sur lequel An et Eefje, nues, ont été attachées avec des chaînes et abusées.

Il est déjà temps de sortir. En quittant cet endroit maudit, on n'est plus comme avant. On a vu l'immonde en face. Et Dutroux ne doit plus espérer une once de pitié de la part des jurés ou de qui que ce soit qui soit entré dans cette maison.

© La Dernière Heure 2004

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